Métro boulot sado

Ciné week-end: Cinquante Nuances de Grey, de Sam Taylor-Johnson (sortie le 11/02/2015)

Evacuons d'emblée toute tentative de critique de cet objet cinématographique sans âme, dont la durée est inversement proportionnelle à la densité du scénario. Les PV d'audience du procès du Carlton nous rapprocheraient bien plus du mystèèère de cette "sexualité plus rude que la moyenne" que ce film tellement ripoliné qu'il en devient risible. Probablement involontairement, il accumule les références pour les coaguler en une sorte de milk-shake bien calorique, typiquement US.

Ainsi Christian Grey, businessman métrosexuel à la froideur obsessionnelle toute en rituels (qui va du running au whipping) nous fait immanquablement penser à l'anti-héros de Shame, toxicomane du sexe qui arpentait New-York tel un fantôme en survêt'(cf WUD de ce mois-ci). Mais là où Michael Fassbender nous glaçait par sa séduction reptilienne toute vouée à son unique but, Jamie Dornan n'en reproduit qu'une copie bien fade. Normal: l'un composait la souffrance du vide, l'autre souffre de n'être que vide. On peut aussi comparer la scène de la lecture du contrat, peut-être la plus drôle du film, à celle de La Pianiste, quasiment identique et pourtant d'une férocité redoutable - question de contexte -. Et si l'on souhaite appréhender la vérité du sado-masochisme, mieux vaut regarder deux minutes de Nymphomaniac que ces deux heures-ci (cf WUD de ce mois-ci!). 

Si le film intrigue, c'est peut-être en raison du décalage abyssal entre l'excitation anticipatoire que l'on décèle dans la file d'attente - majoritairement féminine, sans blague - et l'absence totale - et totalement assumée - d'érotisme et de provocation. De quoi ce film est-il l'écho? Peut-être d'une génération en quête souvent vaine de sensations fortes, à condition d'en évacuer le danger inhérent. En somme le principe, érigé en fantasme accessible voire en modèle social, de l'objectalisation de la relation toxicomaniaque. Sauf que là où l'addict recherche la maîtrise comme pare-feu à sa psyché anarchique, notre dandy adepte de la fessée, control freak absolu, ne peut se risquer au plaisir que sous l'angle de la maîtrise, et est dès lors condamné à ne pas l'atteindre, rejouant ainsi le drame de l'obsessionnel. Ne lui reste que la jouissance du fétichisme, perversion au petit pied, plaisir du pauvre. Notre génération attend beaucoup mais fort heureusement se contente de peu!

Source: 

Guillaume de la Chapelle

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