Mère casse-pieds

Ciné week-end: Julieta, de P. Almodovar (sortie le 18 mai 2016)

Almodovar sort l'artillerie lourde pour nous offrir un film qui bafouille perpétuellement entre le classicisme des thèmes abordés et le baroque foisonnant de la narration. On n'a pas été emballés...

Almodovar a emprunté le prénom de son héroïne à Shakespeare, dont la Juliette entraînait involontairement ses hommes vers la mort. Pourtant c'est à une tragédie grecque qu'il nous invite.

Curieuse odyssée dans laquelle nous embarque le Homère ibérique, naguère formidable conteur. Son dernier opus, qui semble le mener vers le chemin de la consécration cannoise, débute de façon magnifique, mise en scène redoutable de talent, ambiance jazzy et mystérieuse...et les premiers détours de la narration annoncent un chemin délicieusement tortueux. Pourtant, dès le premier flash-back, une inquiétude nous saisit: est-ce la rupture de ton, de style, passant un peu trop brutalement du polar classique au conte de fées sagement barré? Ou l'overdose de références, de symboles, conjuguée à la démonstration tapageuse - comme le défilé de mode qu'il nous offre - du génie du maître espagnol?

Dès lors, on pressent que le voyage nous mènera vers un cul-de-sac ou que le bateau fera du sur place malgré une mer mouvementée. Simple prophétie autoréalisatrice? Pas seulement...

Car malgré d'indéniables qualités, la gêne semble venir de la maladresse narrative, qui non seulement survole de trop nombreux sujets sans jamais les approfondir, mais de plus s'emmêle dans les transitions, souvent brutales, et accumule les mauvaises idées. Pour n'en citer qu'une, on ne comprend toujours pas ce qui a motivé le choix du moment de passage de relais entre les deux actrices (fallait-il d'ailleurs dédoubler le rôle, tant le jeu des deux actrices - la jeune A. Ugarte irradie de talent tandis qu'E. Suarez a du mal à dépasser le stade de la mimique - est inégal?). D'autres moments auraient été beaucoup plus signifiants.

Le film est l'adaptation de trois nouvelles. Ceci explique probablement pourquoi on a l'impression d'assister à plusieurs films qui ont du mal à communiquer entre eux.

On notera également l'obsession du cinéaste à revisiter l'époque de ses premiers films en annulant - volontairement? -  toute l'originalité transgressive de la Movida, ainsi que son incapacité troublante à évoquer l'enfance. 

Alors, à jeter aux oubliettes le dernier Pedro? Certainement pas. Mais, tel un vin trop jeune, mieux vaut en reboucher la bouteille et laisser passer quelques années afin de voir comment il aura évolué.

Source: 

Guillaume de la Chapelle

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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