Meditect : l’app qui lutte contre la contrefaçon de médicaments

Arnaud Pourredon a interrompu ses études de médecine pour se consacrer à la lutte contre les faux médicaments en Afrique. Avec Romain Renard, ils ont fondé l’application Meditect. Entretien. 

« Tous les pays sont concernés par la contrefaçon de médicaments mais en Afrique subsaharienne, 30% des médicaments sont considérés contrefaits », entame Arnaud Pourredon, co-fondateur de Meditect, une application qui permet de repérer les faux médicaments.

C’est en 2015, alors qu’il fait encore des études de médecine, qu’Arnaud Pourredon est sensibilisé à ce problème. « A cette époque, je travaille au Népal. Je découvre alors la problématique de la contrefaçon de médicaments et je décide d’étudier le sujet en rentrant en France et je me rends compte de l’ampleur du problème au niveau mondial

© Meditect / Charle Cotillon 

« L’Afrique Subsaharienne est particulièrement touchée, la moitié de la population achète ses médicaments dans la rue, inévitablement elle est exposée à la dangerosité de la contrefaçon. Un médicament contrefait c’est probablement un principe actif absent, surdosé ou sous-dosé, beaucoup d’impuretés et à la clé, des problèmes de santé comme une insuffisance rénale, hépatique, une résistance bactérienne ».

Achetés sur les marchés ambulants, les médicaments, vrais ou faux, sont stockés dans des conditions désastreuses. « En 2018, quand j’ai vu cette réalité je me suis dit que j’allais suspendre mes études de médecine, pour créer une startup, renforcer l’accès aux médicaments de qualité ». Et c’est ainsi que nait Meditect.

« Les médicaments contrefaits représentent un marché de 200$ Mds dans le monde. A titre de comparaison, la contrefaçon de produits de luxe dont on parle beaucoup pèse 15$ Mds », peut-on lire sur le communiqué de la startup. « Tous les laboratoires sont concernés par le détournement et la contrefaçon. Il en va de leur responsabilité de s’engager dans cette lutte pour éradiquer le médicament de la rue », explique Arnaud Pourredon.

75% de la contrefaçon de médicaments viendraient d’Inde et de Chine. Elles sont parfois très dures à identifier car « les médicaments contrefaits sont très souvent produits sur des vraies lignes de production. »

Aménagé par Meditect, ce placard permet de recenser les médicaments contrefaits qui sont rapportés à la société. © Meditect 

Comment vérifier alors ? « Tout le monde est très connecté avec un smartphone. En 2016 j’ai pris connaissance de la directive des médicaments falsifiés qui consiste à mettre un numéro unique sur la boite. On a demandé la même chose en Afrique, cela permet de scanner la boite et vérifier si le numéro de série est véridique. On l’a fait en Côte d’Ivoire d’abord un projet pilote avec un labo, cela s’est très bien passé, et nous allons lancer deux nouvelles filiales, au Cameroun et au Sénégal ».  

Autre point important, l’application permet de connaître en amont le prix des médicaments pour faire l’appoint lorsque l’on va en pharmacie. « En Côte d’Ivoire le vrai problème est que la population doit avoir le réflexe de se tourner vers les pharmacies, ne pas avoir honte d’y aller. Il y a une idée tenace de classe sociale, une réticence et une crainte à aller en pharmacie. On doit faire en sorte que les gens qui vont dans les marchés de rue cessent de le faire et aillent en officine, pour une garantie de n’avoir que des médicaments authentiques ».

L’accès à Meditect est gratuit pour les patients et les pharmaciens, le financement provient des laboratoires. « C’est le labo qui paie pour sécuriser ses médicaments, cela nous semble être un modèle économique sain, on donne une garantie au labo d’éviter la contrefaçon. »

Aujourd’hui, Arnaud Pourredon ne regrette pas ce choix de carrière, un peu atypique pour un aspirant médecin. « Il y a d’autres exercices de la médecine, on peut aussi avoir beaucoup d’impact par la santé publique. La médecine peut être exercée différemment, toute la partie préventive, prévenir les complications liées aux faux médicaments est quelque chose de noble. Des médecins retraités qui travaillent dessus et regrettent de ne pas l’avoir fait plus tôt. On peut travailler un mois, une mission d’une semaine, j’encourage les jeunes médecins à tenter cette expérience ».

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