Mediator : Dix ans, et enfin un jugement !

La sentence est tombée. Plus de dix ans après la révélation du scandale du Mediator, le laboratoire Servier a été jugé coupable de « tromperies aggravées » et d’ « homicides involontaires ». Condamnée également, l’ANSM a reconnu une part de responsabilité.

Cela fait dix ans maintenant que cette affaire d’une rare ampleur a été révélée au grand jour. Dix-huit mois après le début du procès du Mediator, le tribunal correctionnel de Paris a tranché. Ce lundi 29 mars, le laboratoire Servier a été reconnu coupable de « tromperies aggravées » et d’ « homicides involontaires ».

Pour rappel, ce n’est qu’en 2009 que le Mediator a été retiré du marché français. Commercialisé depuis 1976, cet antidiabétique fût régulièrement prescrit comme coupe-faim. Un mésusage auquel s’ajoute une ribambelle d’effets secondaires pouvant être mortels. Parmi ces derniers ? Des dysfonctionnements de la valve cardiaque ou de l’hypertension artérielleConsommé par 5 millions de personnes, le Mediator serait responsable de la mort de 1 500 à 2 100 d'entre eux. Cela, sans oublier ceux qui souffrent encore aujourd'hui de graves séquelles induites par ce médicament. « Je suis bourrée de haine, confiait une victime, Stéphanie, lors du procès. Le Mediator m’a fait autant de mal physiquement que psychologiquement. J’avais plein de projets que je dois abandonner à cause de lui. J’ai un cœur malade, je vis avec, c’est terrifiant »

Lors de ce jugement historique, le second groupe pharmaceutique français a été condamné à payer 2,7 millions d’euros d’amende. « [Servier] a fragilisé la confiance dans le système de santé », a déclaré la Présidente du tribunal Sylvie Daunis. L’ancien numéro 2 du groupe, Jean-Philippe Seta, a, quant à lui, été condamné à quatre ans d’emprisonnement avec sursis. Une condamnation qui s'accompagne d'une amende de 90 600 euros, ainsi que l’obligation de reverser plusieurs millions d’euros aux victimes.

Durant ce procès long de plus de 500 heures, l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament était, elle aussi, sur le banc des accusés. Jugée pour avoir « failli dans [son] rôle de police sanitaire », l’ANSM a été condamnée à s’acquitter d’une amende de 225 000 euros pour « homicides et blessures involontaires ». Une somme à laquelle s'ajoute des peines d'amendes contraventionnelles à hauteur de 78 000 euros.

L'agence nationale a, par ailleurs, reconnu « une part de responsabilité » dans ce « drame humain » qui continue de peser sur le quotidien de trop nombreux patients.  

 

Portrait de Julia Neuville

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