Médecine générale : la maîtrise de stage est-elle en danger ?

Pour accéder à la maîtrise de stage en médecine générale, un agrément et une formation sont nécessaires. Une proposition de l’Agence Nationale du Développement Professionnel Continu (ANDPC) envisage de réduire cette dernière. Entretien avec Olivier Saint-Lary, président du Collège national des généralistes enseignants (CNGE) et Mathilde Renker, présidente de l’ISNAR-IMG, co-signataires d’un communiqué pour alerter sur les risques d’une telle éventualité.

Comment devenir maître de stage ?

L’Ordre des médecins expose sur son site la marche à suivre pour devenir maître de stage. D’abord, une condition de temps d’exercice. « Si vous êtes médecin généraliste, vous devez avoir exercé votre activité en libéral depuis au moins trois ans pour accueillir un interne et depuis au moins un an pour recevoir un étudiant de 2e cycle », précise l’instance. Comme le stipule l’arrêté du 4 février 2011, l’agrément de stage est donné par le Directeur Général de l’ARS. « La commission de subdivision formule des avis au DG de l’ARS, au regard du dossier élaboré par le médecin souhaitant devenir maître de stage. Dans ce dossier figure l’avis motivé du Conseil départemental de l’Ordre des médecins sur la demande d’agrément », poursuit l’institution sur son site. L’agrément est ensuite valable pour une durée de 5 ans.

Concrètement, « il faut être agréé par l’ARS sur proposition de l’UFR et avoir effectué une formation agréée. Des collèges d’enseignants organisent des formations, qui sont différentes en fonction du type de stage », précise Olivier Saint-Lary, président du Collège national des généralistes enseignants (CNGE).

Maître de stage, un rôle clé dans la formation

Le maître de stage occupe un rôle important. « C’est souvent un modèle pour l’étudiant qui découvre la médecine générale, il s'agit de son premier contact de l’autre côté du bureau. Il a un rôle de découverte pendant l’externat puis de co-construction, d’accompagnement et aide dans le parcours de l’interne : montrer, expliquer, observer, accompagner, et l’aider à prendre son autonomie », explique Olivier Saint-Lary.

Un discours qui trouve un écho auprès de Mathilde Renker, présidente de l’ISNAR-IMG. « C’est lui qui nous accueille. Au cours d’un stage, on va voir plusieurs maîtres, ce qui permet de voir un exercice différent mais aussi des lieux et personnes différents, afin de voir le plus de choses possibles. Il y a trois niveaux à l’intérieur des stages :

  • Une 1ère phase d’observation en consultation avec le MSU pour se familiariser avec le logiciel, la pratique, les examens... ;
  • Ensuite vient une phase d’autonomie en supervision directe. L’interne fait la consultation aux côtés de son maître de stage ;
  • Enfin, une phase en supervision indirecte (le MSU ne nous accompagne plus mais reste disponible).

Ce sont des phases de transmission de connaissances théoriques, pratiques et d’accompagnement. L’interne va aussi apprendre le savoir-être, comment parler au patient », énumère Mathilde Renker.

Maîtrise de stage : vers une refonte de la formation ?

« Sous Marisol Touraine, la maîtrise de stage a été considérée comme prioritaire et a bénéficié d’un hors-quota. Cela fait sens, on ne comprend pas pourquoi les médecins qui veulent se former à cela seraient privés de formations biomédicales à côté. Aujourd’hui l’ANDPC veut réduire cette formation de manière drastique, cela passerait à 10h de formation pour toute la vie au lieu de 20h tous les 3 ans », précise Olivier Saint-Lary. « Notre crainte est que les maîtres de stage doivent arbitrer entre formation biomédicale et d’enseignement. Une fois qu’il a fait ses 10h, le médecin ne sera plus indemnisé. On craint une perte d’effectif et une perte de qualité », résume Olivier Saint-Lary. Une hypothèse qui, pour le président du CNGE va « à contre-courant des priorités actuelles ». 

« L’ISNAR IMG demande à ce que ces formations soient uniformisées et qu’elles aient une durée d’une semaine, pour inclure une formation contre les violences sexuelles et sexistes, au repérage des risques psycho-sociaux mais aussi aux droits des internes. C’est quelque chose qui sera intégré progressivement pour les formations du CNGE », précise Mathilde Renker dont l'intersyndicale se positionne également en faveur d'un passage de la durée d'agrément à 3 ans au lieu de 5. 

L’ANEMF, l’ISNAR-IMG, le ReAGJIR, le SNEMG et le CNGE ont signé un communiqué commun s’opposant « à toute limitation de la formation à la maîtrise de stage et réaffirment la nécessité d’accorder plus de moyens à cette formation ».

Qu’en dit l’ANDPC ?

En réponse à ce communiqué, l'ANDPC assure « qu’elle n’envisage nullement de stopper l’accès à la maîtrise de stage qu’elle accompagne depuis 2016. La maîtrise de stage est une orientation prioritaire de DPC et le restera. Depuis 2016, ce sont plus de 11000 médecins qui ont été formés à la maîtrise de stage et financés par l’Agence pour un budget global de près de 20 Millions d’euros. »  

Une communication qui n’est pas de nature à rassurer Olivier Saint-Lary pour autant. « Le communiqué reste vague, on sait seulement qu’un nouveau décret est en préparation autour de la maitrise de stage. On espère que dans le cadre de ce décret les discussions pourront permettre de corriger le tir et qu’on n’arrivera pas à cela. Ce serait préjudiciable pour les étudiants, les enseignants mais également la population. On est ouvert à la discussion pour définir les objectifs souhaitables », conclut Olivier Saint-Lary.  

Portrait de Constance Maria

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