Médecine du travail : une démographie en berne malgré de nombreux atouts

À l’heure du choix des internes, la médecine du travail touche toujours le fond du classement. Un dernière position qui grève un peu plus la démographie de cette profession qui regorge pourtant de points forts.

Cela fait 38 ans que Christian Expert est médecin du travail. Une vocation découverte après avoir fait un détour en médecine générale. « C’est vraiment un métier passionnant, technique, médical mais aussi humain », confie celui qui exerce en tant que médecin coordinateur dans un service inter-entreprises du bâtiment.

Depuis quelque temps, les propositions d’embauche s’accumulent dans la boite mail du professionnel. Une tendance qui s’explique par la démographie en berne de cette spécialité médicale. « Selon les chiffres communiqués par l'association Présance, le nombre de médecins du travail et de collaborateurs médecins au sein des SSTI s'est établi à 3 883 en 2018, en diminution de 4 % par rapport à 2017 », note le Sénat dans un rapport. Une déshérence qui n’a pas échappé au syndicaliste du Syndicat Général des Médecins et Professionnels des Services de Santé au Travail. « Quand j’ai commencé, c’était compliqué d’avoir un poste. Maintenant, il y a l’embarras du choix », résume-t-il.

Il y des a priori, des idées préconçues et surtout une totale méconnaissance 

Si ce problème de démographie n’est pas étranger aux autres spécialités, la médecine du travail, elle, occupe la dernière place du classement du choix des internes. Une situation que le médecin du travail explique par le droit restreint de prescription. « Ce n’est pas une médecine du soin. Nous ne pouvons prescrire des médicaments qu’à notre famille et à nous-même. Les futurs internes peuvent parfois considérer cela comme une sous-médecine », explique celui qui a dû faire « le deuil de la prescription ». « C’est quelque chose qui est assez compliqué à accepter pour les jeunes internes. La prescription, c’est vraiment l’ADN du médecin ».

Cela, sans oublier que la médecine du travail reste une spécialité méconnue. « Même si cela évolue, elle est toujours peu mise en lumière par les confrères », assure Christian Expert. Une carence qui s’observe dès les bancs de la fac. « Au niveau des études médicales, il n’y a que quelques heures qui sont consacrées à la médecine du travail. Cela créé des a priori, des idées préconçues et surtout une totale méconnaissance ». 

Un des principaux atouts est le salariat

Des atouts pourtant, la spécialité de médecine du travail n’en manque pas. « Un des principaux est le salariat », indique Christian Expert. Un statut qui permet d’accéder à un confort quotidien, oscillant entre des offres d’emploi flirtant avec les 100 000 euros brut dans le privé et des horaires convenables. « Je ne travaille jamais le week-end », assure le responsable, qui souligne que les urgences de fin de semaine sont rares. « C’est une situation qui attire beaucoup de femmes notamment. La profession est essentiellement féminine », note Christian Expert. Un point fort auquel s'ajoute la grande variété de possibilités offertes au métier.  Si le libéral leur est interdit, les médecins du travail peuvent trouver leur bonheur dans différents secteurs. « Il y a des services professionnels dans la chimie, dans le nucléaire, dans les municipalités… », énumère Christian Expert.

Autre point fort non négligeable, les responsabilités managériales qui viennent avec la fonction. « Nous devons animer une équipe pluridisciplinaire », indique le professionnel qui cite infirmiers, psychologues ou encore ingénieurs. « Ces capacités de coordinateur ne sont pas forcément dans l’ADN du médecin généraliste qui est plutôt habitué à être tout seul », compare Christian Expert. Un métier d’ouverture qui dépasse parfois les frontières médicales. « En plus d’être chef de service dans ma structure, je suis administrateur de l’INRS, président d’Eurogip, administrateur de l’ANSES et vice-président de la commission des accidents du travail et des maladies professionnelles de la CNAM », indique celui qui doit se rendre lundi au ministère du Travail. « Si j’avais continué à être médecin rural, j’aurais eu une autre carrière », assure-t-il.

Depuis plusieurs années, le métier est d’ailleurs en train d’évoluer. Des bouleversements qui passent notamment par l’arrivée des infirmiers de santé au travail. « Les infirmiers vont permettre de compenser cette insuffisance de praticiens mais ça change aussi le métier », analyse Christian Expert. Mais également par une meilleure inclusion de la profession au parcours de soin des patients. « Avec l’accord du patient, nous pouvons désormais avoir accès au dossier médical partagé », souligne Christian Expert, qui y voit une grande avancée en faveur de la collaboration inter-professionnelle. « Notre profession évolue pour essayer de faire du lien avec tout le monde », assure-t-il.

Quels sont les CHU les plus choisis en médecine du travail ? 

Voici les 5 premiers pour les internes qui choisissent la spé Médecine et santé au travail : 

  • CHU de Brest 
  • CHU Montpellier-Nîmes 
  • CHU Nancy 
  • CHU Toulouse 
  • CHU Nice 

Retrouvez également la totalité de notre classement des CHU et des spés

 

Portrait de Julia Neuville

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