Médecine du futur : le CNOM lance le débat

L’ordonnance de la rue Léon Jost

Le Conseil national de l’Ordre des médecins (Cnom) organisait mardi 30 janvier un débat à l’occasion de la sortie de son livre blanc sur le médecin et le patient dans le monde des data, des algorithmes et l’intelligence artificielle, dans lequel il formule ses voeux pour la médecine du futur.

« Les recommandations sont au nombre de 33, c’est qui est un peu un clin d’oeil puisque ‘Dites 33’ était une expression au moment de l’auscultation du patient. » C’est en s’essayant à l’humour que Jacques Lucas, vice-président et délégué général au numérique du CNOM, a ouvert mardi la matinée de débat rue Léon Jost, dans les nouveaux locaux de l’Ordre.

Une matinée dédiée à la promotion de son livre blanc, intitulé « Médecins et patients dans le monde des data, des algorithmes et de l’intelligence artificielle », dont la parution répond à l’objectif du CNOM d’ouvrir un débat sur l’apparition et l’implication progressive des nouvelles technologies dans le domaine de la santé.

Plus de transparence pour le patient, de meilleurs outils pour le médecin, le big data et l’arrivée des robots et des algorithmes - parfois eux-mêmes propulsés à dose d’IA - viennent disrupter les organisations et les méthodes établies. Et la nouveauté apporte aussi son lot de problématiques : Quid de l’éthique ? Quid de la protection des données personnelles ?

« L’éthique ça vient après ! »

Petite piqûre de rappel de Victor Demiaux, conseiller à la présidence de la CNIL (1). « La protection des données personnelles a aussi un enjeu collectif, a-t-il expliqué, un enjeu qui concerne la sécurité nationale », si jamais les données médicales venaient à tomber entre de mauvaises mains. Des propos qui n’ont pas entaché le moral de Guy Vallancien, chirurgien et membre de l'Académie nationale de médecine : « L’éthique ça vient après ! »

Pour l'auteur de l’ouvrage « Le numérique au service du malade », dans lequel il plaide en faveur des progrès à la portée des patients, ces derniers « ne sont pas dans les fantasmes ». Les patients seraient même prêts à confier leurs données si cela permettait une meilleure information, et in fine, de meilleurs soins.

« Les Français doivent avoir confiance »

Magali Léo, membre de l’association Renaloo qui rassemble des patients atteints de maladies des reins, a elle déclaré qu’il fallait avancer et partir « de ce qui existe déjà ». Elle a cité notamment le Dossier Médical Partagé (DMP), fameux serpent de mer du système de santé depuis une dizaine d’années. Un intérêt pour les patients également partagé par Olivier Palombi, représentant de la Conférence des doyens des facultés de médecins.

Selon lui, « il faut être disruptif et aller chercher les effets bénéfiques en interagissant directement avec les patients », en leur ouvrant le débat sur l’intérêt des nouvelles technologies. En un mot, les associer pleinement à la réflexion menée ce mardi matin par les médecins de l’Ordre. Même son de cloche chez Jean-Gabriel Ganascia, président du comité d’éthique du CNRS (2) : « Le patient n’est plus simplement passif, a-t-il déclaré, les Français doivent avoir confiance et être inclus dans la réflexion » sur le big data.

Vers une COP de l’IA en santé ?

Mais encore faudrait-il avoir des données à disposition pour nourrir les algorithmes à venir. Pour Dominique Polton, présidente de l’Institut national des données de santé (INDS), ce n’est pas un problème. La patronne de l'INDS a rappelé que la Sécu a dans son sac « les données administratives et médicales de 67 millions de Français, conservées pendant dix ans, donc tout sur leur parcours de soins ! » « On monte des systèmes de données un peu partout », sans pour autant en faire grand chose, a-t-elle toutefois regretté.

Enfin, Laurence Devillers, professeure en informatique à Paris Sorbonne, a proposé « un sommet mondial sur l’IA, la santé », laissant au Pr Guy Vallancien le loisir de rebondir : « Une COP ! Une conference of parties de l’IA de façon à réunir la totalité du monde (…), il faut qu’on se retrouve un jour ou l’autre sur quelques fondamentaux. » C'était sans compter sur Jacques Lucas qui a modéré l’enthousiasme ambiant  : « Est-ce que le numérique va résoudre les problèmes d’aujourd’hui ? Non, mais il répondra aux problèmes de demain. » Pour la médecine du futur, il faudra donc attendre… le futur.

(1) Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés.

(2) Centre National de la Recherche Scientifique. 

Source: 

Thomas Moysan

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