L’hôpital, pilier du système de santé à réinventer

La capacité de l’hôpital, déjà fissuré de toute part, à tenir face à l’onde de choc de la pandémie en a étonné plus d’un. Vendredi 19 novembre se tenait à l’Institut de France un débat sur l’hôpital et des pistes de réflexion pour le réinventer. 

Fermeture de lits, démissions, difficultés à recruter… On le sait, l’hôpital ne va pas bien. Et pourtant, face à une crise sans précédent, il a tenu le choc. Lors de l’événement Rencontres Capitales à l’Institut de France, un débat était justement consacré à ce thème : ‘Comment réinventer l’hôpital ?’

« On est dans une grande ambivalence, la crise a été un événement traumatisant mais aussi fondateur pour la communauté des soignants. Elle a révélé beaucoup de solidarité, de capacité d’adaptation, d’innovation. Et puis s’est installée la fatigue, physique et une grande fatigue psychologique. Comment a-t-on pu faire face quand on voit le dysfonctionnement chronique dans lequel on est installé ? », entame Karine Lacombe, infectiologue Inserm, Hôpital Saint Antoine.

« Ça a remis l’hôpital au cœur de la société, un bien commun qui nous appartient à tous. On a fait un diagnostic pour l’hôpital public, mais on n’a pas de réponse. Qu’attendons-nous de ce bien commun, comment voyons-nous le soin ? La santé c’est le bien-être physique, mental, social, pas que pour soigner la maladie. L’hôpital ne peut fonctionner que si le système de soin global fonctionne », poursuit l’infectiologue.

« Le Ségur a accouché d’une souris », énonce quant à elle Agnès Hartemann, cheffe du Service de diabétologie GH Pitié-Salpêtrière. Pour elle, les pistes pour réinventer l’hôpital sont simples : une véritable revalorisation salariale, des horaires fixes et organisés et l’intégration à une équipe. « C’est important de le rappeler, c’est mal vécu d’être baladé.e d’un service à un autre avec des horaires tantôt le matin, tantôt l’après-midi, en étant prévenu à la dernière minute », poursuit-elle.

Pour Éric Caumes, médecin en pathologie infectieuse et tropicale, clinique et biologique de la Pitié-Salpêtrière, réinventer l’hôpital passe par une réforme de la formation des médecins. « Il faut réintroduire de l’humanité dans les métiers médicaux et donc changer le mode de sélection des médecins en introduisant plus de littéraires, des formations de psychologues… », énumère-t-il avant d’ajouter : « j’ai rencontré un ancien élève dans un train, il était devenu chanteur… On forme des gens pendant 10 ans pour que finalement ils changent de métier. »

Nicolas Foureur est directeur du centre d’éthique de l’APHP. Pour l’évolution scientifique ne s’accompagne pas forcément de la réflexion éthique. « Peut-être que si on couple la médecine technique à un peu plus de réflexion éthique, c’est aussi une solution pour mieux traiter les gens et mieux utiliser l’argent », propose-t-il. « La réflexion doit être collective, un débat citoyen à venir qui va être incontournable avec une prise en compte de la parole du patient. Pendant la crise, il fallait monter des cellules éthiques, elles se sont beaucoup développées et ne pourront plus partir ».

Daniel Couturier, membre de l’Académie de médecine, voit quant à lui un intérêt à réactiver les Etats généraux de la santé. « On a absolument besoin de revoir l’hôpital en général mais aussi toute la santé dans son organisation. »

Portrait de Constance Maria

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