Les « lits à la demande », ou l’illusion des lits open-bar

Le gouvernement a présenté hier les 33 mesures qu’il entendait mettre en œuvre à la suite du « Ségur de la santé ». Parmi elles, la création de 4000 « lits à la demande ». Ceux qui réclament depuis des mois des réouvertures de lits sont pourtant loin de crier victoire.

50 millions d’euros. Voilà le montant que le gouvernement entend consacrer à la création de 4000 « lits à la demande » sensés permettre aux hôpitaux d’adapter leurs capacités aux fluctuations de leur activité, notamment pour des raisons épidémiques ou saisonnières. C’est en tout cas ce que prévoit la 12e des 33 mesures (voir encadré) présentées hier par le gouvernement en conclusion de son « Ségur de la santé ». Mais au-delà de l’annonce, il reste à définir un contenu tangible à cette miraculeuse augmentation des capacités hospitalières.
Concrètement, si l’on en croit le dossier de presse diffusé hier par le ministère de la Santé, l’ouverture de ces lits se traduirait par un forfait versé par les Agences régionales de santé (ARS) via une nouvelle enveloppe du Fonds d’intervention régional (FIR). Le ministère précise par ailleurs qu’en cas de projet de fermeture de lits, un « schéma de réouverture de lit "à la demande" » doit être prévu.

Et en pratique, on fait comment ?
Voilà qui est bien beau sur le papier. Mais dans le dur de la réalité hospitalière, les « lits à la demande » semblent poser autant de questions qu’ils en résolvent. Car bien des établissements ont déjà un dispositif d’ouverture de lits pour les situations de tension. Le Dr Antoinette Perlat, membre du Collectif inter-hôpitaux (CIH) qui réclame de longue date des ouvertures de lits, est bien placée pour en parler : elle est PH au service de médecine interne du CHU de Rennes, qui est justement celui qui accueille les lits saisonniers quand la situation l’exige.
« C’est un dispositif qui nécessite du personnel, et cela prend parfois une à deux semaines pour mobiliser les équipes, notamment les équipes paramédicales, note la praticienne bretonne. Il faut également des locaux, or il y a beaucoup d’endroits où il n’y a pas vraiment de locaux disponibles. » Pour Antoinette Perlat, la proposition gouvernementale va donc « dans le bon sens », mais ne résoudra pas la question de fond du manque de lits à l’hôpital. « Ce dont on manque surtout, ce sont des lits d’hébergement provisoire pour des personnes âgées qui ont été hospitalisées mais ne peuvent pas retourner chez elles ou en Ehpad », souligne-t-elle.
Du côté des directeurs d’établissement, on n’est pas tout à fait aussi circonspect qu’au CIH, mais on émet tout de même des réserves. « C’est une annonce intéressante sur le principe, notamment parce qu’elle rompt avec une doctrine comptable de fermeture de lits », concède ainsi Jérémie Sécher, président du Syndicat des managers publics de santé (SMPS).
Mais celui-ci note que tout sera dans la mise en œuvre. « Ce ne sera une avancée que si nous pouvons réellement moduler nos activités en fonction du contexte, prévient-il. Si cette mesure signifie que l’on peut prendre des initiatives sans être systématiquement sous la coupe des ARS, elle dégagera des marges de manœuvre. Sinon, elle sera uniquement cosmétique. » Traduction : gare à l’usine à gaz !

 

33 mesures entre ambition et réchauffé
On avait presque fini par l’oublier : les questions salariales n’étaient pas les seules à être discutées lors du « Ségur de la santé ». Si les 8,2 milliards d’euros que le gouvernement entend allouer à la revalorisation des professionnels de santé hospitaliers font bien partie des 33 mesures présentées hier par le gouvernement, ils sont loin d’en constituer l’alpha et l’oméga.
Parmi les dispositions annoncées, certaines sont même détonantes, même si elles sont peu étayées. Il en va ainsi de l’idée de « lancer une réflexion sur la création d’une profession médicale intermédiaire » entre l’infirmier et le médecin, qui risque de faire réagir les émules d’Hippocrate. Idem pour la proposition consistant à permettre aux établissements de « négocier et aménager à leur niveau le temps de travail », véritable casus belli pour certaines organisations syndicales.
D’autres propositions ont en revanche été maintes fois entendues lors des « plans santé » qui se sont succédé ces dernières années. Il en va ainsi de l’idée d’ « accélérer le déploiements des Infirmiers en pratique avancée (IPA) », de celle qui consiste à « poursuivre et accélérer la réduction de la part de T2A dans le financement des établissements de santé », ou encore du sempiternel combat contre le « mercenariat de l’intérim médical », auquel le Ségur entend « mettre fin » une fois pour toutes.
Portrait de Adrien Renaud

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