Les 12 travaux de la pédiatrie

Le Dr Brigitte Virey, présidente du Syndicat National de la Pédiatrie Française, nous parle des prochains défis de la pédiatrie, entre manques de recrutement, formation à revaloriser et un accès à l'innovation à développer. 

« La pédiatrie est un vaste sujet, ce n’est pas une spécialité d’organes mais d’âge, elle s’adresse à tous les enfants de 0 à 18 ans, il faut couvrir leurs besoins », entame Brigitte Virey. Pourtant, face à ce constat d’une vaste mission, la présidente du SNPF lui oppose une autre réalité : celle d’une baisse d’attractivité pour l’activité en libérale. « On compte environ 2 600 pédiatres libéraux en France. La moyenne d’âge est élevée, il va y avoir un trou à un moment, les départs à la retraite ne seront pas compensés », se désole Brigitte Virey. « Cela fait maintenant bien 20 ans que l’on a une démographie totalement insuffisante. » Et en utopie, combien faudrait-il de pédiatres ? « Nous avions fait un calcul il y a 20 ans : il aurait fallu former 600 pédiatres par an. On en est loin, on en forme chaque année entre 280 et 300. »

Le 17 septembre dernier, les professionnels de la pédiatrie libérale, de la médecine scolaire et de la PMI se sont réunis autour du SNPF dans le Cadre des Universités d’été à Paris. L’occasion de faire le point et réfléchir pour revaloriser la profession.

« L’attractivité de la pédiatrie ne correspond plus aux choix de mode de vie des jeunes médecins. Maintenant tout le monde veut concilier vie professionnelle et personnelle. Or en pédiatrie, il y a souvent des demandes de rendez-vous urgents, des fins de journées à rallonge. La pédiatrie c’est une vocation, les horaires sont extensibles et les revenus pas forcément à la hauteur. Quand on ne sait pas quelle spé choisir, ce n’est jamais la pédiatrie », constate Brigitte Virey.

« Le temps de travail est long et les revenus des pédiatres se situent en bas de la liste, nous faisons surtout des actes cliniques et consultations et peu d’actes techniques. La réflexion n’est pas du tout mise en avant. Pourtant, nos consultations sont plutôt longues, de plus en plus avec des problématiques émergentes qui nécessitent du temps, comme les troubles du neurodéveloppement, les problèmes scolaires, les troubles de sphère autistiques… ce sont des pathologies qui demandent un investissement en temps important sans reconnaissance tarifaire derrière », explique-t-elle.  

Quelles pistes pour revaloriser la spé ?

Les maisons pédiatriques

« C’est un thème que nous voulions depuis un moment et qui a été formalisé par le rapport de l’IGAS. On nous demande de gérer une pénurie dont nous ne sommes pas responsables. Et au final on dit qu’il faut essayer de trouver des substituts mais ne préconise pas de former plus de pédiatres », entame Brigitte Virey.

Les maisons pédiatriques sont des lieux où on peut regrouper tous les acteurs de la santé de l’enfant : pédiatre, puériculteur, kiné, psychologue, orthophoniste… dans un lieu donné mais qui pourrait aussi bénéficier d’un lien virtuel. « Dans certaines petites villes où il y a un seul pédiatre, cela permet de rompre l’isolement avec une mise en réseau. Mais le souci, est qu’à l’heure actuelle on ne les reconnaît pas, il y a quelques exemples mais de lieux qui sont montés de manière privée. Il faudrait l’aide d’acteurs locaux comme l’ARS ».

Une meilleure formation des internes à la pédiatrie de ville

L’attractivité se fait aussi en amont, au moment de la formation des internes. « On peut améliorer la formation à deux niveaux, celui de la faculté, mais aussi en formation continue, avec un stage en médecine libérale », illustre Brigitte Virey. « A l’heure actuelle en pédiatrie, la formation est essentiellement hospitalière, on a des terrains de stage mais qui ne sont pas tous occupés. Il y a encore des blocages. Les hôpitaux veulent avoir des internes pour leur fonctionnement, ensuite seulement on se tourne vers les villes, on aimerait que cela fasse partie des formations », ajoute-t-elle. « Dans la refonte des études de santé on dit que c’est possible, on aimerait que ce soit systématique. On ne fait pas la même chose, ils découvrent la ville, tout ce qu’on peut faire au sein d’un cabinet de ville, ils sont intéressés. »

L’accès à l’innovation pour les pédiatres de ville

Alors que la e-santé est de plus en plus présente ces derniers temps, Brigitte Virey regrette qu’il y ait encore « très peu de choses à destination des pédiatres. On voit des choses mais c’est encore réduit. On aimerait pouvoir obtenir des solutions technologiques. Des startups commencent à développer des choses, par exemple il y a une appli pour le suivi de l’asthme de l’enfant, on pourrait aller plus loin. On peut imaginer des technologies mais il n’y a pas beaucoup d’intérêt dans le secteur. Dans notre société, l’enfant est vu comme un outil de consommation mais pas pris en compte réellement », ajoute-t-elle.

La coopération ville-hôpital

« La coopération ville hôpital est primordiale et elle est à construire. L’hôpital est débordé, ce serait bien de se reposer sur les libéraux. Un suivi conjoint serait intéressant et complémentaire », précise Brigitte Virey. « Le suivi peut être fait par un pédiatre de ville, en alternance avec l’hôpital. C’est frustrant de poser un diagnostic, d’adresser l’enfant à l’hôpital et de ne plus suivre l’enfant. » En parallèle, elle y voit un moyen décharger un peu l’hôpital qui pourra prendre en charge de nouveaux patients plus rapidement de cette manière.

Et quand on lui demande si elle referait la même chose, Brigitte Virey répond du tac au tac : « C’est une vocation, je ne me suis jamais posé la question, c’était évident que c’était ce que je voulais faire. » Avant de conclure : « c’est une spécialité difficile, qui demande beaucoup d’engagement et de temps et tout cela en étant mal rémunérée. Si on la choisit c’est vraiment qu’on le veut. »

Portrait de Constance Maria

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