Le village des surdoués

l'heure de la sortie
crédit photo : Laurent Champoussin

Critique de « L’Heure de la Sortie », de Sébastien Marnier (sortie le 9 janvier 2019). 

Le professeur principal d’une classe pilote de collégiens à haut potentiel intellectuel (HPI) se défenestre en pleine classe. Un thésard de 40 ans est dépêché en urgence pour le remplacer. Il va découvrir un collège privé aussi étrange et inquiétant que ses jeunes élèves, qu’un projet secret semble lier...

Sujet du jour: est-ce de bon augure quand un film ouvre plein de portes sans réellement les refermer, parfois même sans avoir jeté un œil dans la pièce? Vous avez quatre heures...

À l’heure de la sortie de la salle, il nous est difficile de décrire exactement ce qu’un film comme celui de Sébastien Marnier, son deuxième, a suscité. Ce qu’il en reste, aussi. Probablement pas grand chose, si l’exercice de la critique n’obligeait pas à une relecture de l’œuvre et à un approfondissement de nos réflexions. On pourrait résumer notre sentiment ainsi : il y a autant à en dire qu’à en oublier.

Reprenons: voici donc un collège délicieusement désuet où semble régner en maître, sous des dehors de victimes consentantes, une poignée d’enfants « surdoués », comme on disait à l’époque pré-ECN. Raisonnement froidement logique, distanciation émotionnelle dans les relations interpersonnelles et angoisses existentielles archaïques: un cocktail classique décrit de façon légèrement appuyée, mais plus souvent malicieuse que caricaturale, permettant au film de plonger dès les premières scènes dans l’étrangeté que le réalisateur semble vouloir installer à tout prix. Étrange aussi, cette réaction face au deuil, au traumatisme que constitue le suicide de leur professeur. C’est à tout cela que va être confronté leur professeur remplaçant, joué par un Laurent Lafitte impeccable et affûté comme à son habitude. Et c’est aussi à partir de là que l’affaire se corse.
S’il n’y a rien de déshonorant dans cette œuvre de fiction se voulant moderne, voire prophétique, il est malgré tout gênant d’assister à une trame si mal conduite. Avec ceci pour paradoxe que le scénario bifurque constamment tout en demeurant ultra-prévisible.

Les fausses pistes deviennent trop souvent des sorties de route, tant l’intrigue regorge d’éléments intéressants et parfois centraux qui semblent au final ne servir qu’à détourner l’attention du spectateur de la trame apocalyptique cousue de fil blanc. En résulte un film à la fois contemplatif et encombré, dans l’air du temps et daté, comme si David Lynch réalisait un épisode de Madame Le Proviseur: si le recyclage a des qualités écologiques, c’est moins souvent le cas sur le plan cinématographique...

L’aspect le plus intéressant du film réside peut-être dans la fascination, entre attraction et répulsion, qu’éprouve Lafitte pour ses jeunes élèves. À tout moment il pourrait les arrêter dans leur projet, ou tout du moins les dénoncer, mais il préfère prolonger toujours plus profondément sa filature. Comme si sa curiosité, son excitation, ne résidaient pas dans la finalité elle-même mais bien dans ce processus voyeuriste. On ne peut d’ailleurs s’empêcher d’établir un parallèle entre sa conduite et la tendance récurrente qu’a Sébastien Marnier à filmer son anti-héros sous (presque) toutes les coutures. L’obsession finissant, là encore, par tourner à vide. À l’image de cet exercice de style : masturbatoire...

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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