Le syndrome de l'interne de psy imposteur

Ce sont les premiers jours d'internat de Lucile Lapierre en psychiatrie dans l’unité des patients difficiles. Au secours ! Largement inspirée de son expérience personnelle, Claire Le Men dépeint avec beaucoup d’humour et de sensibilité un univers dont on entend (malheureusement) parler que par ouï-dire ou dans des faits divers. Son roman graphique, Le syndrome de l'imposteur, nous a séduits.

Tout commence par son arrivée au service de psychiatrie de l’hôpital. Elle est enthousiaste. De laisser les choses qui ne l’intéressent pas, de découvrir l’internat et de passer (enfin) à la pratique. Sa spé : la psychiatrie. Un peu par hasard, elle se retrouve à l’UMD (Unité des malades difficiles), mais ce ne sont pas les patients qui lui font peur. C'est le syndrome de l'imposteur qui vient chatoullier sa confiance en elle.

Lucile Lapièrre, personnage principal du roman graphique, est bien entourée puisque chaque personnage dessiné sur les pages apporte quelque chose au lecteur avide d’explications. Car les dessins et l’humour assez spécial (on en reparlera) enveloppent très bien le documentaire/reportage que présente Claire Le Men sur les premières expériences de l’internat en psychiatrie.

Je peux pas, j'ai psy

Le roman est très complet, l’auteur raconte toutes les étapes importantes de son parcours et ses propos sont intelligibles pour les lecteurs qui n’ont pas un bagage médical. L'auteur repère les termes, personnages, affects personnels qui peuvent être abstraits et les expose de manière humoristique.

Ce qui nous amène à : l’humour. Outil central de ce roman graphique puisqu’il agit comme un bol d’air face aux scènes un peu longuettes. Omniprésent et très juste, on sent que l’ex-interne s’est armée de recul pour extraire l’absurdité des situations passées. En plus, elle ne s’est rien refusé sur les blagues. Situations imaginées (Nicolas Sarkozy et son chat), expressions populaires mises en scène et des commentaires comiques et aléatoires de personnages historiques (Freud, Foucault…) ou réels. Parfois un peu intello, C. Le Men fait cependant attention à ne pas être snob et à ne pas stigmatiser les patients en UMD, brisant par la même occasion les clichés effrayants sur les malades mentaux difficiles.

Même si la psychiatrie reste le centre du roman, l’illustratrice réussit à toucher à d’autres aspect du métier que seulement l’entretien (si croustillant) psy-patient. Savante analyse de la psychiatrie et des “sages” psychiatres.
 

Le syndrome de l'imposteur, aux éditions La découverte. 17 euros (13,99 en version numérique)

 

Portrait de Angela Herrmann

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