Le show de Sofia

Ciné week-end : Les Proies, de S. Coppola (sortie le 23 août 2017)

En pleine guerre de Sécession, dans les profondeurs obscures de la Virginie sudiste, Martha Farnsworth tente de faire survivre le pensionnat pour jeunes filles qu'elle a reçu en héritage familial, bien que la plupart des élèves l'aient déserté. Un jour, une jeune pensionnaire ramène de sa cueillette aux champignons un soldat nordiste tout autant beau que blessé. Avec ce conte cruel, Sofia Coppola embrasse enfin le domaine de la fiction mais conserve son style éthéré au risque d'être vain.

Il faut mettre au crédit de Sofia Coppola une volonté de poursuivre une thématique tout en tentant de se renouveler. Sa vision d'une féminité trouvant sa source dans le désir d'absolu de l'enfance et tentant de préserver son innocence et son mystère malgré sa confrontation aux tourments du réel - passage à l'âge adulte comme soubresauts de l'Histoire - reste éminemment singulière. Il n'en reste pas moins que la qualité de ses oeuvres est inconstante et, après le très raté Marie-Antoinette, son retour sur le terrain historique, a fortiori celui de son propre pays, multipliait les attentes comme les enjeux.

Aidée par un casting quatre étoiles et osant une approche hollywoodienne frontale, elle livre sans complexe un film d'un classicisme absolu, beaucoup plus scénarisé que ses précédents. Et nous raconte une histoire propre à faire frémir les jeunes filles, de peur comme de désir bien entendu. Sa volonté de se départir de toute originalité en est presque surprenante, comme si elle entamait une mue, passant de la jeune fille des contes à la conteuse elle-même. A cet égard, ses prochains films seront à suivre de près.

Elle observe méticuleusement un monde féminin en vase clos, comme coupé de l'Histoire, au risque de la nier - ce qui pouvait déjà lui être reproché dans Marie-Antoinette mais a créé cette fois-ci une réelle polémique au sein d'une Amérique récemment reconfrontée à ses démons. Polémique peu crédible, tant le tiraillement entre désir d'ouverture à la sexualité, à l'échange, et tentation de s'autosuffire en mettant à distance ce qui n'est pas semblable à soi constitue, peut-être plus encore cette fois-ci, le coeur du film. 

Le film n'est pourtant pas exempt de défauts, le récit souffrant d'une inxorable baisse de tension dès que le personnage de Colin Farrell commence à prendre de l'importance. Le premier tiers reste somptueux et justifie à lui seul son Prix de la Mise en Scène cannois. Mais, si Almodovar a également choisi de distinguer Nicole Kidman, nous avons surtout été touchés par le jeu magnifiquement empesé de Kirsten Dunst. Son visage fatigué porte les stigmates d'un temps qu'elle déroule avec Coppola depuis qu'elle a incarné l'inoubliable adolescente de Virgin Suicides, mais est aussi habitée par une douleur et une sidérante résignation qui la rendaient déjà exceptionnelle dans Melancholia. 

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Guillaume de la Chapelle

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