Le reconditionnement des vaccins Pfizer/Moderna en pharmacie de ville : c’est a priori non !

[Chronique du pharmacien] Dans un communiqué de presse du 9 septembre, le syndicat MG France souhaite que les généralistes disposent de doses unitaires du vaccin Pfizer/Moderna. Le pharmacien d’officine serait alors l’acteur de santé désigné pour faire ces préparations, en théorie.

Bonnes pratiques de fabrication, respect de la réglementation, ou encore sécurité du produit final sont des notions importantes quand on parle de médicaments et plus particulièrement de fabrication de ces derniers. 

Début septembre, le syndicat des médecins généralistes MG France souhaitait que les pharmaciens préparent les doses de vaccins pour poursuivre la campagne avec les produits Pfizer/BioNTech. Bien évidemment, je comprends cette demande des généralistes confrontés à la gestion de cette campagne de vaccination dans leur cabinet. La contrainte de temps, les soucis de conservation, la gestion de la logistique sont des arguments tout à fait entendables de la part de ces praticiens de terrain. Mais attention, il ne faudrait pas glisser vers un transfert de compétences pour des raisons organisationnelles sans se soucier du produit en lui-même. C’est une erreur de penser qu’une pharmacie de ville peut se transformer en laboratoire pharmaceutique.

En tant que pharmacien, je suis obligé de rappeler que faire du reconditionnement de médicament n’est pas aussi simple que cela. Car au-delà de l’aspect purement technique, d’autres problématiques se posent quand on parle de produits de santé actifs. Préparer des médicaments à l’unité nécessite des installations et du personnel dédiés à cette activité afin de respecter les conditions de préparation et de stockage imposées par le fabricant. Un principe actif mal conditionné peut être au pire des cas inactifs et à l’extrême être toxique pour le patient. 

Alors bien évidemment à l’hôpital cette pratique est courante même au-delà des activités spécifiques liées à la chimiothérapie. Malheureusement il faut bien comprendre que la duplication de ces organisations à l’échelle d’une pharmacie de quartier est quasiment impossible.

Ces arguments expliquent pourquoi les pharmaciens n’ont pas forcément réagi avec enthousiasme à cette annonce du syndicat. Les principales instances de la profession affichent donc une posture « réservée» face à cette nouvelle organisation. Les syndicats de pharmacien argumentent également l’aspect responsabilité de cette nouvelle pratique. 

D’autre part, le pharmacien ne doit pas également se substituer à l’industrie pharmaceutique même en cette période de crise sanitaire.

Derrière cette demande des médecins généralistes, la question de la commercialisation en flacon du vaccin COVID se pose logiquement ? Au fond, cette interrogation est sûrement le cœur du problème. Pour comprendre, il semble important de revenir un peu en arrière. Rappelez-vous dès que les feux verts ont été donnés pour la vaccination, les industriels ont dû, dans un court laps de temps, mettre en place des capacités de production importantes. En plus de cette contrainte technique, la production a été également soumise à une autre pression : les coûts de production. 

Et forcément quand le sujet économique est sur la table, des choix stratégiques sont pris sans en mesurer les conséquences terrain. L’option d’un conditionnement multidose est alors apparu comme la seule solution pour répondre à la demande rapide à un coût réduit. Aujourd’hui, les autorités de santé pourraient également, avec le recul acquis avec ces premiers mois de vaccination, réfléchir à faire évoluer leur cahier des charges. Si une troisième vague de vaccination devait se mettre en place, pourrait-on envisager une présentation unitaire ? Je pense que oui, car certains industriels se sont déjà préparés à cette option. Il est même envisagé de combiner grippe et COVID dans une même seringue unitaire.  

Pour conclure, il est important de rappeler un principe en matière de gestion des risques en santé : le professionnel préparant une solution injectable doit être, dans la mesure du possible, l’administrateur. Ceci afin de limiter la probabilité d’une erreur médicamenteuse ...

Portrait de Romain Lecointre

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