Le Musée des moulages de Saint-Louis sauvé des eaux

Le Pr Martine Bagot raconte

Les 4800 moulages du Musée de l’hôpital Saint-Louis sont sauvés. Ces pièces de cire illustrant 200 maladies de peau, sur lesquelles des générations de dermatos se sont formées, étaient menacées d’inondation. Mais l’AP-HP a réussi à réunir le budget nécessaire à la restauration du bâtiment dans lequel elles sont stockées, et les travaux ont démarré cet été. Le Pr Martine Bagot, chef du service de dermato à Saint-Louis, raconte.

What’s up Doc. Pouvez-vous dire à nos lecteurs ce qu’on trouve dans le Musée des moulages de l’hôpital Saint-Louis ?

Martine Bagot. C’est un musée qui a été construit à la fin du 19e siècle. Saint-Louis était alors la Mecque de la dermatologie mondiale. Les praticiens de l’époque avaient fait des moulages en cire sur les malades, et s’en servaient pour l’enseignement. Le musée possède aujourd’hui 4800 de ces moulages, mais aussi une bibliothèque d’ouvrages très anciens sur la dermato. C’est vraiment la mémoire de la dermatologie européenne, et même mondiale.

WUD. Jusqu’à quelle période ces moulages ont-ils été utilisés à des fins pédagogiques ?

MB. Jusque dans les années 50. Après, c’est la photographie qui a pris le relais.

WUD. Leur intérêt est donc maintenant avant tout patrimonial ?

MB. Oui, mais ils n’intéressent pas que les médecins. Beaucoup d’artistes viennent également les voir…

WUD. Pourquoi ces collections étaient-elles en péril ?

MB. Il y a eu une malfaçon dans la toiture dès l’époque de la construction, en 1885. Assez rapidement, il a commencé à y avoir des fuites. Au début, ce n’était pas très important, puis les fissures ont augmenté. Au fil des tempêtes, il s’est mis à pleuvoir dans le bâtiment. Cela n’a fait que s’aggraver, des moulages ont été abimés. Il aurait pu y avoir un court-circuit, un incendie, et le risque aurait été de fermer définitivement. C’est pour ça que nous nous sommes mobilisés.

WUD. Pouvez-vous nous parler de cette mobilisation ?

MB. Tout le monde était très motivé. Avec les médecins et les paramédicaux du service, nous nous sommes rendus compte que des gens du monde entier étaient intéressés par le sujet. Nous avons réalisé une vidéo où nous nous abritions de l’eau avec des parapluies dans le musée (voir ci-dessous, ndlr). Nous avons réussi à trouver des financements dans le cadre d’un partenariat public-privé avec le ministère de la culture, la région, des industriels, et les sociétés française et européenne de dermatologie.

WUD. Quel était le budget de ce chantier ?

MB. 950 000 euros. Nous avons réussi à rassembler les deux tiers, et bien que les hôpitaux n’aient généralement pas beaucoup d’argent pour le patrimoine, l’AP-HP a accepté de financer le reste.

WUD. Du coup, quand la réouverture est-elle prévue ?

MB. Le musée est fermé depuis fin juillet, et devrait rouvrir dès la fin avril.

WUD. Avez-vous un souvenir personnel lié à ce musée ?

MB. J’en ai même deux. Un jour, des dermatos japonais sont venus photographier les collections, et en ont fait un catalogue. Et une autre fois, j’ai organisé une réunion internationale dont la première journée se déroulait dans le musée. Ce que les dermatologues du monde entier ont surtout retenu de cette réunion, c’était… le musée. Cela montre qu’il a vraiment un rayonnement international majeur.

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Propos recueillis par Adrien Renaud

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