Le mime pour apprendre la neurologie

Donner de l’aisance aux étudiants en médecine pour effectuer leurs premiers examens neurologiques : c’est l’objectif du programme d’enseignement par simulation « The Move », qui se développe depuis 2014 en France, mais aussi à l’étranger. Avec une battle finale chaque année ! 

La neurologie, bête noire des médecins ? Depuis une vingtaine d’année, plusieurs études ont souligné la peur des étudiants et médecins en exercice face à cette discipline jugée trop complexe. « Entre un quart et la moitié d’entre eux redoutent la prise en charge des patients atteints de maladie neurologique. Le cerveau est un organe complexe et un seul symptôme peut avoir de nombreuses origines, d’où un stress assez important au moment d’établir un diagnostic, et ce malgré une masse de connaissances théoriques acquises », indique le Dr Céline Louapre, MCU-PH en neurologie à la Pitié-Salpêtrière et chercheuse à la Sorbonne. Pour diminuer cette neurophobie, le programme d’enseignement par simulation « The Move » a été mis en place à la Sorbonne Université depuis 2014 et soutenu par l’AP-HP et l’Institut du cerveau. 

Des saynètes pour mimer les troubles neurologiques 
« Pour aborder l’hémiplégie par exemple, après un rappel théorique des différents symptômes, nous formons un binôme étudiant-patient et étudiant-médecin. Le premier va mimer la marche du patient hémiplégique (déficit moteur et hypertonie) avec une jambe en extension et un bras fléchi. Et l’étudiant-médecin va s’exercer à faire les bons gestes : taper les réflexes, tester la force, etc… », illustre le Dr Louapre. Cet enseignement interactif permet aux étudiants de devenir acteur de leur apprentissage de la neurologie, en utilisant tous leurs sens (vue, ouïe, toucher…) afin de retenir de façon plus efficace les symptômes et les gestes de recherche diagnostique. Une étude parue en janvier dernier dans le « Journal of the Neurological Sciences » a montré que, suite à cet enseignement, le score de neurophobie des 400 étudiants en médecine de 2ème année inclus dans l’étude avait diminué de 6 points, passant de 25 à 19%. 
 

Des « battles » comme dans « The Voice »
A la pédagogie vient s’ajouter la dimension ludique et créative, qui remporte un franc succès auprès des étudiants en médecine. En France, le programme « The Move » a déjà été adopté dans les facultés de médecine suivantes : Rennes, Clermont-Ferrand, Lille, Nancy et aussi aux Antilles. Le programme a fait des émules dans certaines université européenne, comme Londres et Dublin, mais aussi au Brésil par exemple. A la Sorbonne, une finale a lieu chaque année, au cours de laquelle différents groupes de TD s’affrontent devant un jury enseignant qui vote pour l’équipe à la mise en scène la plus originale et à la situation clinique la plus vraisemblable. « The Move » fait même l’objet d’un tournoi international annuel auquel participent différentes universités européennes, américaine et asiatiques !

 

 

Les avantages de la simulation
Tous les médecins vont se trouver confrontés un jour ou l’autre à un patient atteint de la maladie de Parkinson ou d’Alzheimer, d’autant plus dans le contexte actuel du vieillissement de la population. Mais tous les étudiants en médecine ne seront pas passés en stage en neurologie… c’est là où « The Move » est un vrai plus. En dehors de la neurologie, les apprentissages par simulation ont le vent en poupe depuis quelques années dans les facultés de médecine. Avec de nombreux bénéfices, expliqués par le Dr Céline Louapre : « c’est une charnière entre l’enseignement théorique et le lit du malade. L’étudiant peut ainsi apprendre à se comporter avec le patient et à l’examiner correctement, sans que cette « première fois » un peu stressante et gênante ne se déroule sur un vrai patient, devant un chef de service et une équipe. Cela permet aux futurs médecins de prendre confiance en eux et en leur examen, et à terme d’améliorer leur pratique. Dans les spécialités plus techniques, la répétition du geste (intuber par exemple) est centrale pour acquérir la compétence ». 

 

Portrait de Sophie Cousin

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