Le médecin humanitaire fait son cinéma

Imaginez : un baroudeur des temps modernes débarquant dans une contrée hostile un sac de riz sur l’épaule, accueilli en héros par les habitants…
Une merveilleuse scène de film ? Pourtant la figure du médecin
humanitaire a été peu exploitée au ciné…

LA CITE DE LA JOIE

De Roland Joffé (1992)

Bonne entrée en matière avec ce film 100 % hollywoodien qui véhicule au kilomètre de pellicule les clichés sur la médecine en général et la médecine humanitaire comme sacerdoce en particulier. Voyez plutôt : un beau chirurgien aux dents blanches se rend compte qu’il ne peut sauver tous ses patients (heureusement qu’il n’a pas choisi une autre spécialité…) et, avec un grand sens de la mesure, décide de tout quitter pour découvrir l’Inde, où il finira par retrouver le vrai sens et l’amour de son métier.

Très peu de nuances donc, dans ce portrait qui illustre jusqu’à la caricature l’abnégation et la démarche quasi religieuse de rachat de certains humanitaires (fait important : le personnage du livre était un prêtre !).

Sauf qu’avec Swayze dans le rôle d’un Saint Paul des temps modernes, on s’attend en permanence à le voir esquisser un pas de danse façon Dirty Dancing à Bollywood…

 

SANS FRONTIÈRE,

De Martin Campbell (2003)

On plonge dans des eaux – légèrement – plus troubles avec ce film d’action qui, paraît-il, a converti Angelina Jolie à l’humanitaire, dans un troublant mimétisme avec le personnage qu’elle joue.

Si le film ne nous épargne pas les clichés de la romance et du film d’action, il dresse un portrait plus nuancé de l’humanitaire en la personne de Nick Ward, joué par Clive Owen.

Si le médecin reste doté d’un bel organe narcissique, et si son activisme frise celui d’Indiana Jones, l’hypothèse selon laquelle ses excès autodestructeurs seraient le seul moyen de gérer son sentiment d’impuissance et un dilemme insoutenable – sacrifier quelques vies pour en sauver beaucoup d’autres – est plutôt bien vue.

 

LE DERNIER ROI D’ÉCOSSE,

De Kevin Macdonald (2006)

Un pas de plus dans la complexité avec ce film centré sur la personne d’Idi Amin Dada.

Nous découvrons l’horreur de ce dictateur totalement allumé à travers les yeux de Garrigan

(James MacAvoy), jeune diplômé en quête d’aventure venu se frotter à l’humanitaire et choisi pour être le médecin personnel du despote.

Voici les risques d’un engagement dont les motivations sont fragiles et floues, semble nous dire le réalisateur ! Arrivé en Ouganda pour vivre un dernier frisson avant d’emprunter une voie toute tracée, Garrigan se retrouve vite confronté à la monotonie propre à tout exercice, même humanitaire.

Sa curiosité et sa recherche de sensations se mueront en ambition, son admiration aveugle de la puissance psychopatique d’Amin étouffera sa peur de l’inutilité…

Avec en contrepoint un beau personnage de médecin modeste au service des populations, joué par

Gillian Anderson (mémorable agent Scully !). Le film offre ainsi une réflexion inattendue sur la difficulté pour l’humanitaire de trouver sa place dans les régimes politiques troubles et plus généralement dans les zones de conflit.

 

Y’A BON LES BLANCS,

DE M. Ferreri (1988)

On le sait peu mais l’engagement humanitaire a été l’une des cibles de Marco Ferreri, cinéaste corrosif par excellence. Et quand le réal’ de La Grande Bouffe s’attaque à une mission italienne ayant pour but de nourrir le Sahel – à coups de spaghetti ! – c’est pour mieux illustrer l’impasse à laquelle est confrontée notre culpabilité occidentale quand elle cherche, dans un inconscient colonisateur, à imposer son modèle à des populations en souffrance.

Ou comment soigner l’anthropocentrisme par une mesure radicale… l’anthropophagie ! On reste dans la grande bouffe, quoi.

 

L’ARNACOEUR,

DE P. Chaumeil (2010)

Un peu de légèreté pour finir ! Pour vous rappeler, avec le personnage de Max incarné par Romain Duris, qu’en tant que condensé de fantasmes, jouer sur l'image du « médecin humanitaire » reste un très bon plan pour mettre quelqu’un dans votre lit.

Qui résisterait à un héros au cœur tendre ?

Portrait de Guillaume de la Chapelle
article du WUD 20

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