L'appel de la folie

Critique de "La forêt de mon père" de Vero Cratzborn, sortie le 8 juillet 2020

Gina, 16 ans, est étroitement connectée à son père, dont elle apprécie le côté touchant, fantasque et entier. Mais quand son comportement devient incohérent et imprévisible, et que l'équilibre familial est en danger, elle perd ses repères, tiraillée entre son indéfectibilité et sa raison... Un premier film pudique sur la décompensation délirante et son impact sur l'entourage, hélas trop lesté d'imprécisions et d'inhibitions pour être convaincant.

Dans le champ cinématographique, l'épure comme la flamboyance n'ont de sens et de valeur que si elles servent une intention, si elles participent à une langue, un univers. Si elles nous permettent d'y accéder. Face à une trame à la Take Shelter, que l'on suppose autobiographique, Vero Cratzborn semble hésiter sur le chemin à emprunter. À moins que son intérêt soit ailleurs - le problème des récits trop personnels... Pourtant, avec un personnage comme celui de Jimmy, dont la "décompensation psychotique" - terme bien imprécis qui ne nous sera jamais clairement expliqué - est tout sauf un coup de tonnerre dans un ciel serein, il y avait matière à "façonner" du cinéma. Mais c'est dans la pudeur et la retenue que le film se développe, à l'image de cette ado taiseuse, sans jamais réellement réussir à décoller.

Le potentiel poétique infini de la forêt, les dérives fanatiques des défenseurs de la nature, ou encore le vécu interne de la schizophrénie sont autant de vecteurs qui auraient pu servir au film à épouser un point de vue, à décoller vers une émotionnalité qui n'est hélas que corsetée. Hélas, tout comme la famille qui est interdite de visite dans l'hôpital où est placé Jimmy, nous sommes condamnés à rester sur le pas de la porte. Ce n'est pas inintéressant ni désaffectivé, juste frustrant et, à force, ennuyeux. La délicatesse de Ludivine Sagnier et le jeu sur le fil du rasoir d'un Alban Lenoir qui réussit à exprimer par moments l'évolution imperceptible vers la rupture manifeste de la personnalité prémorbide ne suffisent pas à donner de la tenue à l'ensemble.

Même l'aspect médical, qui aurait pu conférer au film un aspect intéressant, est trop brouillon et au final peu pédagogique: entre l'absence de discours médical - certes à l'image de ce que vivent encore actuellement de trop nombreux patients psychiatriques et leur famille - et l'insuffisance de recontextualisation - notamment concernant la question importante de la médication et de la nécessité de l'observance - on reste là encore sur notre faim....

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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