La médecine générale, complexée mais attirante ?

Tiers-payant ou non, revalorisation de la rémunération... : s'appuyant sur ces aspects techniques, la contestation contre le projet de loi santé par les médecins généralistes semble témoigner d'un sentiment de déconsidération. Ancien, ce malaise n'empêche pourtant pas la « med gé » d'attirer les nouvelles générations constate Géraldine BLOY, sociologue de la santé et de la profession médicale à l'université de Bourgogne*. Entretien.

What's up doc ? : Le sentiment de dévalorisation de la médecine générale qui s'exprime actuellement est-il récent ?

Géraldine BLOY : La moindre considération de la médecine générale par rapport aux spécialités remonte aux années 1950. Il faut attendre 1997 pour que tous les étudiants de 3e cycle effectuent un semestre de stage auprès d'un généraliste ; 2004 pour qu'un diplôme d'études spécialisées (D.E.S) de médecine générale soit créé, ce qui ne suffit pas à bouleverser une hiérarchie bien établie. Dans l'ensemble, la formation universitaire met encore peu en avant cette médecine.

 

WUD : Comment se traduit ce sentiment de déconsidération ?

GB : Le discours sur le déficit de reconnaissance et la crise identitaire de la médecine générale a cours depuis les années 1970. L’évolution de la rémunération seule ne peut l'expliquer, car les chiffres montrent qu’il n’y a pas eu de paupérisation des généralistes exerçant en libéral. Mais il est vrai que si l'Université reconnaît la médecine générale comme une spécialité, la valeur de la consultation dans un système où domine le paiement à l'acte n’a pas suivi. La « spécialité » n’est pas considérée comme telle du point de vue tarifaire.
La plainte porte sur les relations avec des patients jugés de plus en plus exigeants, et sur la montée de l’encadrement des pratiques de la part des autorités(contraintes administratives, objectifs de santé publique, etc.).
Malgré tout, cette profession attire les jeunes : elle est choisie à tous les rangs des Épreuves classantes nationales (ECN).

 

WUD : Comment expliquer ce nouvel attrait pour la médecine générale ?

GB : La récente sensibilisation à la médecine générale dans la formation initiale a dû y contribuer. La féminisation de la profession semble aussi renforcer cette attractivité : les jeunes femmes mettent en avant leur intérêt pour une médecine globale et relationnelle avec le patient et montrent encore moins d'appétence pour les spécialités techniques.
Enfin, depuis la création des ECN en 2004, il est désormais possible de s'afficher comme un bon étudiant tout en choisissant la médecine générale. Et ça permet de garder ouvert des débouchés variés.

 

WUD : Peut-on parler d'une fracture générationnelle entre des aînés qui se montreraient de grands défenseurs de l'indépendance du médecin libéral et leurs jeunes confrères ?

GB : C’est tentant, mais la population des jeunes médecins est hétérogène, comme celle de leurs aînés ; il existe par exemple un mouvement de médecins généralistes issu de la génération de Mai 68, proche de la santé publique, et opposé au paiement à l'acte.
Si ni les uns ni les autres n'ont envie de perdre du temps médical en tâches comptables ou administratives, la valeur idéologique de l'exercice libéral est dépréciée par les jeunes générations. L'évolution du modèle de formation et la féminisation peuvent expliquer ce changement des mentalités, qui s'inscrit aussi dans une tendance plus générale de montée du salariat dans la société.
A propos de jeunesse, l'ISNI a élu ce 10 janvier une femme généraliste à sa présidence [Mélanie Marquet]. Ce poste très politique revenait traditionnellement à un homme d’une spécialité mieux cotée. Il y a là une révolution de palais à analyser...

 

* Laboratoire d'économie de Dijon.

 

Source: 

Marie Barral

Portrait de La rédaction

 

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