La loi des séries #3 : Hollywood (Netflix, 8 épisodes)

Dernier focus sur l'univers des séries avant de retourner au cinéma la semaine prochaine avec ce nouvel opus concocté par l'ultra-prolifique Ryan Murphy.

Hollywood au lendemain de la Seconde Guerre. Une nouvelle génération ayant soif d'aventure et de célébrité après avoir servi son pays au front débarque dans la Babylone du cinéma, où rien n'a vraiment changé. Du moins jusqu'à présent... Décors de dingue, scénario au contenu aussi riche que sa narration est épileptique, capacité à flairer l'air du temps, Hollywood ne déroge pas à la méthode Murphy. Mais avec des moyens quasi-illimités et un sujet plus sérieux, le serial maker réussit-il à passer un cap ou recycle-t-il ses vieilles antiennes? Eh bien un peu des deux mon capitaine.

Avec sa capacité à mêler vrais acteurs et personnages inventés, histoires vraies incroyables et fictions crédibles, Murphy livre une réflexion passionnante sur l'envers du décor hollywoodien, royaume de la norme apparente accueillant pourtant tous les déviants d'alors en son sein... Le paradoxe à l'état pur. Quand un comédien débutant incarne un acteur connu - passionnant portrait de Rock Hudson, acteur homo resté qui ne sortira du placard qu'au moment de son agonie, à l'aube des années Sida ; touchante histoire d'Anna May Wong, actrice sino-américaine à la carrière brisée en raison du code Hays - comme quand une star endosse le rôle d'un personnage méconnu - performance ahurissante de Jim Parsons en agent de jeunes éphèbes au narcissisme aussi manipulateur que fragile, paradoxe toujours -, Murphy fait mouche presque à chaque fois. Instructif et édifiant, ce voyage au sein de l'hypocrisie d'alors, tout comme les efforts de quelques uns pour en sortir, vaut vraiment le coup. 

On reprochera cependant à Murphy, qui au vu de sa vitesse de production gagnerait à se laisser le temps d'approfondir ses sujets, surtout quand ils sont passionnants comme celui-ci, sa tendance à retomber dans certaines facilités d'écriture, et à être happé par les mêmes thèmes. Au point de s'autoplagier. Cette bande de débutants qui conquièrent les grands studios grâce à leurs faiblesses qui sont en fait autant de forces, c'est un peu Glee à Hollywood. On pourra également lui reprocher une fin bien trop politiquement correcte, en forme de conte de fées, avec le risque non évité d'édulcorer une ambiguïté qui sous-tendait pourtant l'ensemble de l'œuvre. Aux dénonciations des débuts succède une suite si nombreuse d'heureux rebondissements que cela en devient presque indigeste. Comme si l'on pouvait, en deux épisodes, décrire une évolution de la société aussi "naturelle"... Dommage, car en s'éloignant un peu de sa tendance à tout rapporter à la sexualité pour s'ouvrir à la problématique d'une actualité brûlante, du cinéma comme outil volontaire d'une propagande redoutable qui ne dit pas son nom et qui consiste à cantonner chaque "race" dans un rôle immuable, Murphy frappait fort et juste. On a hâte qu'il abandonne ses ultimes marottes et routines d'écriture pour s'adonner totalement à la noirceur et au sérieux de ses prochains thèmes. 

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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