La cure à l'ouvrage

Critique de "Nos Vies Formidables", de Fabienne Godet (sortie le 6 mars 2019)

Margot arrive dans un centre de post-cure, ou plutôt une communauté thérapeutique. D'elle, on ne saura que peu de choses, hormis la place immense que l'addiction occupe dans sa vie. Peu à peu, grâce à la cohésion du groupe, la confiance s'installe. Parce que les autres acceptent de livrer leurs plus lourds secrets, leurs plus grandes déchirures, Margot va enfin pouvoir raconter son histoire... Un film sensible et juste sur un thème décidément inspirant.

Avec "Nos vies formidables", et après "Une place sur la Terre", on devrait décerner à Fabienne Godet le César des titres les plus tarte. Cette petite pique mise à part, on est ressorti plutôt emballé par ce beau film qui aborde une nouvelle fois la pathologie addictive, grâce à un dispositif resserré, un huis clos qui n'en est pas vraiment un tant cette vie en collectivité permet à chaque patient - ou presque - d'accéder à une part de vérité, préambule à la liberté. En tout cas à une délivrance. Si les émotions s'expriment par à-coups, éruptives car trop étrangères ou trop contenues, c'est surtout l'apaisement progressif qui marque. Pourtant, le film n'élude pas les aspects les plus sombres de la dépendance, constamment hanté par une mort toujours proche. On pourra lui reprocher une certaine longueur, probablement accrue par un décompte trop visible des jours de la cure.

Fabienne Godet donne à chaque personnage son importance, de certains on saura beaucoup de leur vie, d'autres guère plus que quelques bribes. Mais tous ont une assise remarquable, alors que la tentation de se résumer à sa consommation, à son manque, à son insuffisance, serait grande. Les scènes de groupe sont intéressantes dans ce qu'elles montrent, pas uniquement lorsque la parole se libère et fait place à la fiction, mais aussi quand elle est empêchée. "Nos vies formidables" n'est pas d'une originalité folle, mais la réalisatrice dépasse le film de genre en se recentrant peu à peu sur le personnage de Margot, tenu de bout en bout par une Julie Moulier intense, et dont l'histoire et la dignité retrouvée émeuvent durablement. Ainsi, le paradoxe du film sur la solidarité est qu'il réussit à se distinguer dès lors qu'il sort de sa dimension chorale pour accéder à une trajectoire singulière, éminemment cinématographique. Partir du groupe pour se permettre d'arriver à soi, en quelque sorte...

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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