Knock en toc

Ciné week-end : Knock, de L. Levy (sortie le 18 octobre 2017)

Oubliable adaptation de la célèbre pièce de Jules Romains qui décrivait, au début du XXe siècle, le "triomphe de la médecine". XXIe siècle oblige, nous assistons au triomphe de la tolérance, hélas sans aucune nuance, et au détriment d'un Omar Sy cantonné à dessein, et à des fins probablement avant tout commerciales, dans son rôle d'amuseur habituel. Et c'est peut-être cela, le plus inexcusable...

Bien que ses raisons soient tout à fait respectables et compréhensibles, le fait qu'Omar Sy en ait arrêté la promotion enlève une chance non négligeable à Knock d'être un succès public. Car ce n'est pas comme si le film était hautement recommandable, loin de là. Dommage, car la véritable guerre que se livraient Omar Sy et Eric Zemmour est finalement le prolongement de ce Knock relooké, qui nous décrit la défiance d'un prêtre terrifié de perdre son influence sur des ouailles qu'il imagine rabougries et réactionnaires à cause de l'arrivée du nouveau médecin du village. Et ce seul argument aurait rendu l'acteur "intouchable" au venin de Zemmour.

Pour le reste, il est rare d'assister à un ratage cinématographique aussi total. On ne peut s'empêcher de penser que l'ambition première, si ce n'est de la réalisatrice, du moins de ses producteurs, était de confronter l'acteur le plus populaire de France au répertoire, peu importe la pièce. Tout le film semble avoir été construit là-dessus. Pourquoi pas... Mais alors, pourquoi dénaturer ainsi une pièce si bien écrite, pour en faire un tiède plaidoyer pour la tolérance ? Ce n'est plus du tout le Knock de Jules Romains, et quand on pille une oeuvre, un minimum de talent s'impose.

Ce qui gêne le plus dans l'approche de Lorraine Lévy, ce sont deux choses. La première est d'avoir affadi la géniale drôlerie littéraire de Romains au profit d'un comique troupier frôlant le degré zéro de la spiritualité - entre l'adjoint au maire qui bégaie et la débâcle diarrhéique du repris de justice, n'en jetez plus la cour est pleine ! Le second reproche, peut-être plus grave, est d'avoir choisi d'adapter l'oeuvre au caractère - supposé - de son acteur principal, et non l'inverse. Là où elle aurait pu révéler une autre facette du talent de cet extraordinaire interprète en le laissant se glisser dans la peau d'un médecin cynique, froid et sans scrupule, elle préfère faire de Knock un ancêtre de l'Omar d'Intouchables, roublard mais dans le fond si généreux...Et cela n'est gagnant ni pour le film ni pour l'acteur !

Dernière remarque : alors que depuis plusieurs mois ressort régulièrement une polémique sur des films dans lesquels l'absence de personnages noirs poserait question - on pense au dernier Sofia Coppola - Knock inaugure un nouveau concept : l'absence d'évocation du racisme. Ainsi, dans la France rurale des années 50, voir débarquer un médecin noir ne pose problème à personne, ou en tout cas personne ne l'évoque clairement. On se demande alors pourquoi, de nos jours, avoir eu besoin de recourir à une loi pour condamner les propos et comportements discriminatoires... Ultime maladresse, qui parachève l'entreprise de vouloir gommer toute aspérité à cette adaptation classique d'un classique. 

Source: 

Guillaume de la Chapelle

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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