Karine, docteur junior : une évolution enrichissante

En mai dernier, Karine, 32 ans, est devenue Docteure Junior. Une expérience inédite, vécue par une première promotion, sur laquelle elle a accepté de se livrer.

Cela fait quatre mois que Karine, gériatre de 32 ans, aborde fièrement sur sa blouse le titre de docteur junior. Un statut transitoire, réservé aux étudiants de troisième cycle ayant validé la phase 2, obtenu leur thèse et leur diplôme d’État de Docteur, qui signe le début de la pratique en autonomie. « Au début, je ne savais pas comment me présenter. Je disais que j’étais Docteure Junior », se souvient celle qui a alors essuyé une myriade de questions de sa patientèle. « Désormais, je dis que je suis gériatre mais ça n’a pas été naturel »

Prévue par le décret n°2018-571 du 3 juillet 2018, la première promotion de Docteurs Junior a commencé à arpenter les hôpitaux en novembre dernier. Une étape d’autonomisation supervisée qui débute par un état des lieux de l’interne avec ses superviseurs sur ce qu’il pense être en mesure d’accomplir seul. Elle se poursuit ensuite par des bilans d’étapes réguliers chargés de lui faire gagner du galon. « Au début, on nous a simplement dit qu’on serait un interne avec plus de responsabilités sans trop savoir de quoi il s’agissait », se remémore Karine. Un flou artistique devenu plus limpide pour la jeune gériatre au moment de la réception des fiches de postes. « En gros, on y lisait : « Une demi journée de consultation, neuf lits, fait de l’hôpital de jour ». C’est là qu’on a compris ce qu’on allait faire ».

Avant d’être cheffe, on ne se rend pas forcément compte de tout ce qu’il y a à faire

Un résumé des missions plutôt concordant avec la réalité du terrain. « Mon rôle est d’être une pseudo-cheffe », explicite Karine, qui souligne n’avoir d’abord pas été briefée plus concrètement sur le contenu de son travail. « J’étais censée le savoir par moi-même. Avant de l’être pourtant, on ne se rend pas forcément compte de tout ce qu’il y a à faire », indique-t-elle. Un apprentissage qui se fait « petit à petit » grâce aux conseils avisés de chefs disposés à l’aider. « Par rapport au rôle d’interne, mes questionnements ont changé. Et puis, il y a tout le service après-vente à prendre en considération. Lorsque les patients sortent, ils reviennent me voir après », indique-t-elle.

En devenant pseudo-chef, je suis obligée de superviser des internes

Un rôle de manager qui s’accompagne également de la gestion des internes. « En devenant pseudo-chef, je suis obligée de superviser des internes. Mon travail porte surtout sur le fait de surveiller que la prise en charge est bonne », indique la trentaine. Un travail de transmission qu’elle a d’abord peiné à appréhender. « La semaine d’avant, j’étais interne. La semaine d’après, pseudo-chef ! Alors au début, c’était extrêmement difficile », se souvient Karine, qui pense avoir progressé depuis. « Mais, je le fais dans mon coin. Je me dis : Tiens, je vais plutôt informer cette personne comme ça que ça ne va pas », détaille la gériatre. Et lorsque les internes ont une question à laquelle elle n’a pas la réponse, elle sait qu’elle peut compter sur ses supérieurs.

Même si je n’ai pas de check-up officiels, je pense que je suis observée de loin

Les bilans d’étape réguliers, eux, se font pourtant rares. « Lorsque j’ai pris connaissance de la théorie, je me suis dit que c’était sûr que ça n’allait pas se passer comme ça », indique celle qui compare sa situation à celle des internes. « Il y a une évaluation de mi-stage pour les internes. L’interne peut dire ce qu’il ressent dans le service à cette occasion. Moi par contre, on m’a dit que je n’en avais pas besoin.». En juillet, Karine a pour autant débuté les astreintes de Sénior en week-end. « Même si je n’ai pas de check up officiels, je pense que je suis observée de loin. On ne m’aurait pas donné plus de responsabilités si l’on ne me pensait pas prête. »

Pour celle qui s’est fixé comme objectifs de s’améliorer sur la gestion de la salle, des consultations et des internes, il y a d’ailleurs peu de doute : ce statut leur offre une véritable plus-value. « Si j’avais encore le statut d’interne, je n’aurais pas eu accès aux consultations, à l’équipe mobile de gériatrie ou à la supervision en hôpital de jour », résume-t-elle. De nouvelles compétences qui lui permettront d’appréhender le rôle de supérieur avec sérénité. « Devenir officiellement cheffe après, ça me paraîtra limpide. Je vois ce que c’est le travail », conclut-elle.

Portrait de Julia Neuville

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