Jeune maman et députée, une conciliation difficile

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Les députées enceintes ne bénéficient d’aucun congé de maternité et ne peuvent pas être remplacées par leur suppléant durant leur grossesse.

Jeune maman et députée, une conciliation difficile

© Capture Twitter

Fin octobre prochain, la députée Aurore Bergé, présidente du groupe Renaissance à l’Assemblée Nationale, devra quitter les bancs de l’hémicycle en raison d’un heureux évènement, puisqu’elle donnera naissance à son premier enfant. Mais la parlementaire a prévenu : si tout va bien, elle ne s’absentera que durant trois à quatre semaines, bien loin des 16 semaines de congé de maternité dont bénéficient en principe les jeunes mères.

Le mandat de député n’étant pas considéré comme un emploi, les parlementaires enceintes ne bénéficient en effet d’aucun congé de maternité. Surtout, il n’est pas prévu que leur suppléant puisse les remplacer le temps de leur absence.

La question n’a longtemps pas été un problème, dans une Assemblée presque exclusivement composé d’hommes (moins de 10 % des députés étaient des femmes jusqu’en 1997). Mais les choses ont désormais bien changé : 37 % des députés élus lors des élections législatives de juin dernier sont des femmes, dont 41 ont moins de 40 ans. Actuellement, au moins quatre députées portent un enfant.

 

« Une organisation pensée par des hommes pour des hommes »
 

Malgré cette féminisation croissante, le sujet de la grossesse reste un tabou chez les députés. « Quand Aurore Bergé s’est présentée pour être la patronne du groupe Renaissance, elle n’avait pas dit qu’elle était enceinte à ses collègues députés » explique un journaliste. Enceinte de huit mois, la députée LFI Mathilde Hignet regrette de devoir subir une « organisation pensée par des hommes pour des hommes ».

Dans une Assemblée nationale sans majorité absolue, où chaque voix compte, le fait qu’une députée enceinte ou venant d’accoucher ne puisse pas être remplacée par son suppléant pose un problème politique et démocratique. « Une femme enceinte qui voudrait s’absenter au moment du vote d’un projet de loi pourrait subir une pression collective » explique une députée EELV.

Au-delà de cette question, une trop longue absence peut freiner une carrière de parlementaire. « S’éclipser deux mois en politique, c’est comme si vous aviez disparu des années, il faut porter ses sujets » explique Marie Lebec, député LREM qui a donné naissance à un premier enfant en juillet 2020 et en attend un deuxième pour début 2023.
 

Une révision constitutionnelle ou un simple changement de règlement ?
 

Dans ce contexte, les femmes politiques sont parfois tentées de prendre des congés très brefs, à l’image de Rachida Dati, qui n’avait pris que cinq jours de pause pour la naissance de sa fille en 2009 alors qu’elle était ministre de la Justice.

Pour que les députées n’aient plus à choisir entre leur rôle de mère et celle de représentant de la Nation, Mathilde Hignet souhaite faire changer la loi. Elle compte ainsi déposer ce vendredi une proposition de loi, signée par tous les députés LFI, visant à modifier l’article 25 de la Constitution, afin qu’il dispose qu’un ou une députée pourra être remplacé par son suppléant le temps de son congé parental.

Pour Aurore Bergé, une révision constitutionnelle n'est pas forcément la voie favorable. Elle demande donc que le règlement de l’Assemblée Nationale soit changée afin de garantir la délégation de vote pour les députées en congé de maternité.

L’Assemblée Nationale a parfois bien du mal à s’adapter aux contraintes de la parentalité. En 1991 déjà, Ségolène Royal se plaignait de l’absence de crèche au Palais Bourbon. Plus de 30 ans plus tard, aucun système de garde d’enfants n’est en place à l’Assemblée Nationale.

par Quentin Haroche

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