Interdire de tomber malade ou grève de la faim ?

Pour lutter contre les déserts médicaux, des maires tentent de trouver des solutions. Constructions de maisons de santé, appels à candidatures originaux, arrêtés symboliques… Le maire de Regny, Jean-François Dauvergne, lui, menace d’une grève de la faim. Entre colère et combativité, il s’explique.

L’année 2020 commence sans généraliste à la maison de santé de Regny. Dans cette commune de la Loire, le maire Jean-François Dauvergne n’a pas réussi à trouver un ou une remplaçant.e après le départ du dernier médecin. Aujourd’hui, pour être entendu par l’ARS, il menace d’entamer une grève de la faim voire même de prendre un arrêté pour “interdire aux administrés de tomber malade”.
“C’est un non-sens cette histoire”, raconte-t-il d’une voix fragile. “Une maison de santé sans généraliste, ce n’est pas possible.” Au départ, le projet vient d’une volonté de fonder une maison pluridisciplinaire avec une équipe médicale. Les organismes publics accueillent cette volonté politique avec enthousiasme et financent à hauteur de 80 % les 1.200.000 euros nécessaires à sa construction et son équipement. La maison de santé pluridisciplinaire Lucien-Neuwirth sort de terre en 2013. Dans ses murs, deux généralistes s’installent avec des infirmier.e.s, des kinés, des psychologues, une dermatologue et des podologues. Côté juridique, elle est rattachée à la maison de santé de Saint-Symphorien-de-Lay, une commune voisine. Mais à Regny, “l’une des deux généralistes décide de quitter la structure et je savais que le second voulait partir à la retraite dans deux ans”. 
 

Délégation de deux médecins salariés

Dans cette zone de la France où les médecins libéraux sont peu nombreux, le maire Jean-François Dauvergne se tourne alors vers le CHU de Roanne, situé à 20 km plus loin. Un accord est trouvé : le centre hospitalier accepte de déléguer deux médecins salariés pour des consultations. “Tous les deux voulaient s’installer en libéral après leur engagement à l'hôpital. L’idée était de les accueillir dans cette structure une journée par semaine et s’y installent à la fin de leur contrat”. Mais là encore, tout ne se passe pas comme prévu. Au bout de trois ans, l’un des deux généralistes va finalement choisir une autre ville, et n’assurera des consultations à Regny qu’à un rythme hebdomadaire. Dès lors, le second généraliste se retrouve submergé par la charge de travail et annonce son départ. “Là, je me suis dit que je ne pouvais pas rester sans solution”. 
En septembre 2018, le maire finit par trouver un nouveau volontaire. Mais celui-ci ne voulait pas assurer de garde. Ce qui n’est pas possible pour les médecins de Saint-Symphorien-de-Lay qui assure ces permanences de soins. “Soutenus par le Conseil de l’Ordre, ils ont refusé catégoriquement un nouveau généraliste qui ne faisait pas de garde. Je leur ai alors proposé de venir exercer une partie de leurs activités ici, mais ils ont également refusé”. Faute de solution, fin 2019, plus aucun généraliste n’assure les rendez-vous dans la maison de santé de Regny. “Elle continue de tourner avec le reste de l’équipe médicale, mais cette situation n’est pas tenable”. Aussi, pour tenter d’alerter, le maire menace d’une grève de la faim si aucune solution n’est trouvée rapidement. “Je ne baisse pas les bras, mais sincèrement je ne sais plus quoi faire. Cette structure a été construite par de l’argent public et aujourd’hui il n’y a plus de médecin généraliste”.
 

Portrait de Elodie HERVE

Vous aimerez aussi

Le directeur de la CNAM : provocateur ou visionnaire ?
Et les gagnants sont.... en l'absence remarquée de la Ministre
Par WUD
Si la majorité des internes envisage de s’installer en libéral, peu franchissent le pas à la sortie de leurs études en raison d’un certain nombre de...

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.