Infirmier de pratique avancée : vers des missions XXL ?

On en sait désormais plus sur les référentiels d'activités et de compétences de l'infirmier de pratique avancée (IPA) en psychiatrie. Celui-ci serait situé au cœur de la coordination des parcours et devrait coordonner les interventions des acteurs de tous les champs. Le conseil national professionnel de psychiatrie (CNPP) s’inquiète dans un courrier envoyé à la direction générale de l'offre de soins (DGOS).
 

Et ça, continue, encore et encore… C’est que le début d’accord, d’accord… Le cadre de l'exercice du nouveau statut d’infirmier de pratique avancée (IPA) gagne encore en précision. Les référentiels d'activités et de compétences de l'IPA en psychiatrie sont en effet en cours de finalisation, selon Hospimedia qui s'est procuré la copie de ces projets. Le professionnel sera situé « au cœur de la coordination des parcours » et sera « décrit comme le coordinateur des interventions des acteurs de tous les champs », selon le site d’information.
 
Début mars, un projet de décret avait déjà fixé le champ de la prescription des IPA dans le cadre prévu par la loi de santé de 2016. Celui-ci pourrait désormais réaliser des prescriptions qui seraient exécutées par un technicien de laboratoire d'analyses médicales, une pharmacie d'officine ou un service de soins infirmiers à domicile (Ssiad). Mais aussi renouveler des prescriptions médicales à destination des infirmiers et des pharmaciens d'officine, pour certains médicaments.
 
On sait aussi que la pratique avancée infirmière s'ouvrira en septembre 2019 à une quatrième mention : psychiatrie et santé mentale. Un groupe de travail piloté par la direction générale de l'offre de soins (DGOS) travaille actuellement plus spécifiquement sur les référentiels activités et compétences de ces professionnels.
 
L’une des missions principales de l’IPA en psychiatrie (projet de référentiel d'activités) concernerait l'organisation du parcours de soins et de santé du patient : coordination des interventions avec les acteurs sanitaires, médico-sociaux sociaux et éducatifs ; organisation des réunions de concertation pluriprofessionnelles ; coordination clinique des différents intervenants ; rôle de conseil et d'expertise auprès de ces équipes…
 
L’IPA en psychiatrie sera également « en charge de l'examen clinique du patient présentant des troubles du neurodéveloppement, des troubles neurodégénératifs, des troubles du comportement, des troubles psychiatriques et des conduites addictives ».
 

Une aide au repérage de l'évolution des troubles

Autres missions : « recueillir les données sur la qualité de vie perçue, évaluer les ressources existantes, le niveau d'interactions sociales ou encore le retentissement des troubles sur l'autonomie du patient ». L'IPA constituerait aussi au sein de l'équipe une « aide au repérage de l'évolution des troubles du patient suivi par les équipes médicales, paramédicales et autres professionnels », explicite le document.
 
Comme ses confrères des autres mentions, l'IPA de psychiatrie en santé mentale devrait aussi « jouer un rôle de prescription et renouvellement, et pourrait réaliser des actes techniques, dans son champ de compétences », ajoute Hospimedia qui précise les cas concernés : antipsychotiques, antidépresseurs, anxiolytiques et hypnotiques…
 
Enfin, l’IPA en psychiatrie aura un rôle de prescripteur puisqu’il sera « responsable d'une mission de prescription ou réalisation d'activité à but thérapeutique et de réhabilitation psychosociale ». Sans oublier le but préventif de sa mission, comme le suivi du patient.  
 
Sur ce dernier point, le conseil national professionnel de psychiatrie (CNPP) a envoyé ce mardi un courrier à la direction générale de l'offre de soins (DGOS), selon APMnews. Il réclame la chose suivante : le médecin qui confiera le suivi du patient à un IPA dans le domaine de la santé mentale devra être un psychiatre et pas un médecin d'une autre spécialité.
 

Coordonné ou pas par un psychiatre ?

La lettre précise aussi que ces référentiels « vont certainement permettre une meilleure répartition des tâches et vont donner un nouveau souffle à notre système de soins pour les personnes souffrant de troubles mentaux », tandis que le président du CNPP, David Soffer se dit « plutôt favorable à la délégation de tâches ».
 
Mais le conseil s’inquiète car, dans le décret relatif à l'exercice des IPA de juillet 2018, « il n’est nullement spécifié que c’est au médecin spécialiste, en l’occurrence au psychiatre, d’établir un protocole d’organisation avec l’IPA en psychiatrie et santé mentale ». Ce qui laisse la porte ouverte à « des organisations de soins psychiatriques qui se fassent sans psychiatres », a relevé David Soffer.
 
Selon le CNPP, « l’étendue des activités confiées aux IPA en psychiatrie et leurs modalités n’ont de sens que si et seulement si ces activités sont coordonnées par un psychiatre. Elles ne sauraient être confiés à aucun autre spécialiste (y compris en médecine générale) ».
 
Et d’ajouter que « seul le psychiatre peut établir les modalités du protocole de travail confié à l’IPA, en prenant en compte l’ensemble du contexte médico-psycho-social ». Le CNPP demande donc à la DGOS une « clarification très claire » sur « ce point déterminant ».
 
Prochains épisodes de cette série à suspense dans quelques jours. Puisque les textes réglementaires concernant les IPA dans ce domaine seront soumis à la consultation des différentes instances en avril à mai.
 

Portrait de Julien Moschetti

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