Imitateurs, faussaires, mythomanes et autres simulateurs

Brève revue d’une thématique qui traverse l’histoire cinématographique laissant apparaître l'une des origines de la mythomanie, tant au cinéma que dans la littérature : le besoin de corriger un réel insupportable.

ALBERT DEHOUSSE (MATHIEU KASSOVITZ)
DANS UN HÉROS TRÈS DISCRET (J. AUDIARD, 1996)

LE FILM : Élevé dans le culte d’un père mort au champ d’honneur pendant la Grande Guerre, le jeune Albert rêve d'être un héros. Il découvre un jour la nocivité du mensonge quand lui sont révélées les vraies circonstances de ce décès, beaucoup moins reluisantes. Et ses avantages quand, à la Libération, il s’invente un passé de résistant. Jusqu’où sa mythomanie « inoffensive » le conduira-t-elle ?

LE PERSO : OEuvre injustement méconnue de Jacques Audiard, ce film au comique féroce est à (re)découvrir, tant il dissèque la mécanique intime de la mythomanie comme tentative de réparation d’une blessure narcissique.
On accompagne Albert de son enfance à son dernier âge, sa pathologie s’inscrivant tellement opportunément dans les soubresauts de l’Histoire qu’elle en devient une formidable stratégie d’adaptation.

L’ACTEUR : Le faciès innocent, juvénile et effectivement discret du jeune Kasso sert à merveille le côté faussement primesautier du film.

FRANCK ABAGNALE JR. (LEONARDO DI CAPRIO)
DANS ARRÊTE-MOI SI TU PEUX (S. SPIELBERG, 2003)

LE FILM : Franck Abagnale Jr. admire immensément son père, self-made man comme seule l’Amérique sait en produire. Rattrapé par le fisc à cause de ses entourloupes, Abagnale Sr. finit fauché et cocu. Refusant de vivre avec sa mère, le jeune Franck s’enfuit et commence à vivre d’escroqueries et de mensonges éhontés, au nez et à la barbe de la brigade financière.

LE PERSO : Tête à claques, Junior part sur les traces de son père pour mieux le dépasser. Il y réussit grâce à l’inventivité de l’enfance, semble nous susurrer Spielberg, qui ajoute ce héros solaire à sa collection d’enfants refusant de grandir. La morale, confi rmée par les autres films de la sélection, le mythomane ne peut trouver son salut que dans l’assimilation au système.

L’ACTEUR : Di Caprio trouve un rôle qui sied à sa démesure. Performance majeure pour opus mineur !

TOM RIPLEY (ALAIN DELON)
DANS PLEIN SOLEIL (R. CLÉMENT, 1960)

LE FILM : Italie, années 60. Alors qu’il mène la dolce vita en fl ambant avec la fortune familiale, Philip Greenleaf découvre que le jeune Tom Ripley, un ami d’enfance retrouvé par hasard à Rome, est en fait embauché par son père pour le convaincre de revenir aux États-Unis. Rapidement, Ripley devient envieux de l’aisance de son ami, qui se fait un plaisir de le faire languir. La jalousie vire à l’obsession maladive de devenir Philip.

LE PERSO : Voici un parfait exemple de personnalité psychopathique, mêlant pêle-mêle opportunisme, absence d’empathie et séduction reptilienne. René Clément y ajoute une dimension sociale qui achève de rendre ce fi lm noir emblématique du genre.

L’ACTEUR : Au-delà de son magnétisme évident, on aime surtout la fougue agressive de Delon. Une composition très intelligente.

JEAN-MARC FAURE (DANIEL AUTEUIL)
DANS L’ADVERSAIRE (N. GARCIA, 2002)

LE FILM : Adaptation fi dèle du roman éponyme d’Emmanuel Carrère, L’Adversaire retrace le parcours mythomaniaque puis criminel inspiré de celui, de Jean-Claude Romand, en apparence époux et père de famille modèle, d'un homme (Jean-Marc Faure) qui réussit à se faire passer pour un médecin renommé de l’OMS, alors qu’il n’a jamais dépassé la deuxième année
de médecine.

LE PERSO : Forcément sombre, Faure laisse cependant deviner sa dépressivité abyssale plus qu’il ne la montre – et l’explique encore moins –. La faille narcissique est toujours au centre de l’engrenage. Le fi lm s’attarde sur le déni de l’entourage, énigme encore plus fascinante que le mensonge, pourtant sidérant, penchant plus vers l’hypothèse d’un facteur d’entretien du trouble que
de sa conséquence : réussite absolue d’une structure perverse ?

L’ACTEUR : Auteuil est au diapason de l’ambiance créée par Nicole Garcia et Emmanuel Carrère. Sa sobriété permet d’entretenir le mystère.

SÉBASTIEN NICOLAS (MATHIEU KASSOVITZ)
DANS UN ILLUSTRE INCONNU (M. DELAPORTE, 2014)

Ce film, récemment sorti en DVD, permet à Mathieu Kassovitz de retrouver un rôle de mythomane, poussé cette fois-ci à l’extrême. Encore une variante d’un des diagnostics précités, ou réinvention d’un symptôme psychiatrique intimement lié au septième art ?
À vous de jouer, et de poser votre diagnostic !

Portrait de Guillaume de la Chapelle
article du WUD 19

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