Hygia Pulse : un siège médical connecté dans la salle d’attente des médecins

Spécialiste de l’édition logicielle dans le domaine de la santé, la startup toulousaine Hygia vient de dévoiler deux innovations (Hygia Care & Hygia Pulse) qui seront commercialisées en avril prochain. La première est une application de santé numérique qui permet au patient d’avoir toutes ses données de santé et de rentrer lui-même ses symptômes sur mobile avant une consultation, et cela 24h/24 et 7j/7. Quant à Hygia Plus, il s’agit d’un siège médical connecté, qui permet au patient de mesurer lui-même ses signes vitaux (tensions, poids, température, rythme cardiaque...) dans la salle d’attente des médecins. L’idée est de faire gagner 5 à 10 minutes au médecin au début de sa consultation afin d’échanger davantage avec son patient. Nous avons interrogé le fondateur et CEO d’Hygia, Pierre-Jean Brousset, pour en savoir plus. Ingénieur informaticien de formation, c’est aussi le fondateur et dirigeant depuis sept ans de la société occitane Eole Consulting, spécialisée dans les prestations à forte valeur ajoutée sur les métiers d’informatique de gestion, d’infogérance et technique.
 

What’s up Doc. Pourriez-vous nous en dire plus sur les solutions d’Hygia ?

Pierre-Jean Brousset. Hygia Care et Hygia Pulse se complètent l’un et l’autre. Hygia Pulse est un siège médical connecté que l’on met dans la salle d’attente, tandis qu’Hygia Care est un logiciel qui permet de préparer la visite avec le médecin. C’est en quelque sorte un espace numérique de santé qui va gérer l’ensemble de vos données : vos vaccinations, vos allergies, vos maladies chroniques… Vous allez aussi pouvoir scanner vos radios, gérer vos analyses médicales. Toutes ces informations seront dans cet espace numérique de santé et non plus dans votre armoire ! Je précise également qu’aucune donnée n’est stockée sur votre smartphone, votre tablette ou votre PC, car les données sont stockées sur un datacenter sécurisé HDS (hébergement de données de santé).
 

WUD. En quoi Hygia Care se différencie des autres applications de santé numérique ?

J.P.B. On a par exemple intégré un logiciel développé par un urgentiste qui s’appelle Medvir. C’est un produit basé sur l’intelligence artificielle (IA) dans lequel on peut intégrer les symptômes du patient. C’est intéressant car dans plus de 75 % des cas, le médecin ne sait pas pourquoi le patient vient le voir, donc cela lui permettra d’anticiper. Pour préparer sa visite, un patient a la possibilité de pouvoir définir ses symptômes en remplissant le questionnaire chez lui ou dans une salle d’attente. Le médecin reçoit ensuite les informations.
 
L’autre originalité de notre offre, en dehors de la dualité Hygia Care (logiciel) et Hygia Pulse (siège connecté), c’est de proposer un produit interopérable qui peut s’intégrer avec des produits existants. Aujourd’hui, on est par exemple en train d’intégrer des produits comme les LGC (logiciels de gestion de cabinet), le produit comme Medvire, mais aussi les outils de gestion des pharmacies.

WUD. Pouvez-vous nous en dire plus sur le siège connecté Hygia Pulse ?

J.P.B. Imaginez que vous êtes dans la salle d’attente d’un cabinet. Plutôt que de perdre 5 à 10 minutes, voire plus, vous allez rendre ce temps utile car vous allez faire votre pré-visite.  Vous allez rentrer vos symptômes et vous allez prendre vos constantes (poids, température, tension, pulsations cardiaques, saturation d’oxygène dans le sang…). À terme, on va aussi rajouter l’électrocardiogramme. Je précise que les constantes ne doivent pas être invasives ; hors de question par exemple de mesurer le taux de diabète dans le sang. Toutes ces informations seront reçues par le médecin avant qu’il ne vous reçoive. Il aura ensuite également tout votre dossier de santé, y compris les évolutions. Imaginons que vous ayez perdu trois kilos deux fois de suite. Cela peut être une bonne nouvelle si vous avez envie de perdre du poids, ou pas. Mais le médecin ne vous pèse jamais, donc il ne le sait pas… Le médecin aura un tableau de bord, dans lequel il aura accès aux constantes, aux symptômes et au dossier médical.

WUD. Est-ce que cette phase de « pré-consultation » (enregistrement des constantes et des symptômes) n’est pas potentiellement source d’erreurs ?

J.P.B. Je précise qu’il ne s’agit pas d’un diagnostic qui restera toujours de la responsabilité du médecin. C’est lui, qui, au vu des constantes, du dossier médical, mais aussi de son examen clinique, décide du diagnostic. Les éléments que l’on a intégrés dans Hygia Pulse sont des éléments qui relèvent du dispositif médical (DM), donc cela veut dire qu’ils ont un haut niveau de fiabilité par rapport à la mesure effectuée.
 
Tout cela soulève aussi un autre sujet : le diagnostic. Medvir le prévoit mais ce n’est pas un diagnostic, c’est une liste statistique des causes possibles. On est vraiment dans l’aide pour le médecin, on n’est pas du tout là pour le remplacer. Il faut savoir qu’une visite, c’est en moyenne 15 minutes, et que le temps médical de la visite, c’est 7 à 8 minutes. Eh bien, nous pensons que l’on pourra augmenter un peu ces 7 minutes, et que l’on pourra aussi peut-être réduire ces 15 minutes, ce qui permettra de répondre à l’enjeu du temps médical qui est compté, dans un contexte de pénurie de médecins généralistes, avec une population qui augmente et vieillit. Et, encore, je ne parle même pas des déserts médicaux...

WUD. Quelles peuvent-être les autres avantages de votre solution pour les médecins ?

J.P.B. Nous mettons en place un meilleur suivi après rendez-vous. Par exemple, il y a aujourd’hui plein d’informations qui existent sur les LGC (logiciels de gestion) qui ne sont pas utilisables parce que c’est fondu, mélangé au sein de plein d’informations. Or, nous avons la capacité de faire émerger des informations importantes, comme les médicaments que les patients prennent, leurs traitements pour leurs maladies chroniques. Le médecin disposera donc de beaucoup d’informations, comme le patient d’ailleurs.

WUD. Avez-vous testé vos innovations auprès des médecins ?

J.P.B. Oui, nous avons intégré un certain nombre de médecins dans la construction du projet. Tout d’abord, on a fait une enquête auprès de médecins, comme auprès des patients. Et, aujourd’hui, on travaille avec plusieurs médecins, mais aussi l’Isis, une école située à Castres qui forme des ingénieurs informaticiens qui ont des compétences en santé. Ils ont un « living lab » et des médecins pour travailler sur les usages. Il y a deux semaines, nous étions aussi à l’hôpital Lariboisière (AP-HP) où l’on va sûrement lancer nos outils au niveau des urgences début avril.
 
 

Portrait de Julien Moschetti

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