Hôtel de sas

Ciné week-end: Voir du pays, de M. et D. Coulin (sortie le 7 septembre 2016)

Des soldats de retour d'Afghanistan passent trois jours de décompression dans un hôtel chypriote. Un séjour qui réveille des blessures encore récentes. Avec ce film, les sœurs Coulin imposent brillamment un duo d'actrices sidérantes dans une ambiance masculine constamment au bord de l'explosion.

Voir du pays démarre avec une très bonne idée de cinéma. De retour d'Afghanistan, des militaires en treillis débarquent dans un beach hotel chypriote pour un séjour présenté comme un sas de décompression. Touristes lymphatiques et clubbers en transe ne semblent même pas les remarquer : le décalage est saisissant, et rapidement intrigant.

On imagine l'impact que peut avoir ce changement radical d'atmosphère sur de jeunes recrues dont le cerveau est encore hanté par la guerre. A travers l'histoire de Marine et Aurore, deux amies d'enfance qui se sont enrôlées ensemble, on perçoit la fragilité du processus mis en place par l'armée : les psychologues semblent dépassés (on n'assistera cependant à aucun entretien individuel), et les gradés ne manquent pas de rétablir la vérité officielle dès qu'un soldat s'autorise à livrer sa réalité au groupe...

Culpabilité du survivant et symptôme de stress post-traumatique sont particulièrement bien abordés au cours de cette première partie extrêmement documentée et entrecoupée de séquences hypnotiques à l'inquiétante étrangeté.

Aurore vit d'autant plus mal cette forme renouvelée d'enfermement, qui vient s'ajouter à des révélations concernant une attaque au cours de laquelle elle a été confrontée à sa propre mort. Elle va logiquement vouloir s'évader. Pour enfin "voir du pays", ce qu'elle pensait naïvement faire en s'enrôlant. Dès lors, le film s'embarque sur un autre terrain, tout aussi anxiogène, dont le dénouement peut paraître inattendu mais traduit au final l'impossibilité pour la troupe de mettre en commun ses traumatismes pour mieux les surmonter, ainsi que l'échec de ce debriefing sauvage.

Enfin, en choisissant Chypre, pays faussement calme et profondément divisé, comme lieu de villégiature, les réalisatrices nous rappellent que la guerre est partout. Et en premier lieu à l'intérieur de nous.

Source: 

Guillaume de la Chapelle

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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