Guillaume pas net

Ciné week-end : La prochaine fois je viserai le coeur, de Cédric Anger (sorti le 12/11/2014)

En 2014, Guillaume Canet aura squatté les écrans dans un rôle bien stéréotypé: suspect principal des grandes affaires criminelles françaises, époque seventies. Pour le prochain film tiré des archives de "Faites entrer l'accusé", pensez à quelqu'un d'autre que lui s'il vous plaît messieurs les producteurs, ce serait sympa...7

Non pas qu'il ne soit pas à la hauteur de ce contre-emploi saisissant. Au contraire, il était glaçant en parfait salaud dans "L'Homme qu'on aimait trop", de Téchiné, qu'on vous recommande fortement. Et il livre une prestation fort honorable dans "La prochaine fois je viserai le coeur", film à l'image de son titre: alambiqué, ne nous apprenant rien et témoignant d'une imagination indigente - on aurait aimé être une petite souris pour pouvoir assister au brainstorming ayant abouti à ce choix... - . 
Canet, donc. Le boy next door du cinéma français, d'emblée sympathique, le sourire facile et la séduction tranquille. Canet à qui l'on demande coup sur coup de jouer les pervers narcissiques puis les tueurs héboïdophrènes. Canet qui adopte un faciès cireux, une mâchoire tombante, un oeil torve, une démarche hiératique, cadenassé dans un corps alourdi par son surcontrôle émotionnel. Le visage insondable ponctuellement traversé d'un rictus qui se veut sourire mais qui est aux antipodes du sourire. Une belle performance d'acteur, vraiment. Mais, probablement en raison de la sortie quasi-simultanée des deux films, une performance dont on remarque un peu trop les ficelles.

Et le film dans tout ça? On ne peut pas dire qu'il soit mauvais. Mais raté, oui. Tout d'abord parce qu'à partir d'une histoire pareille il est impardonnable que manque à ce point un parti pris de mise en scène. Quand on raconte une traque policière, il faut choisir son camp. Soit en se focalisant sur l'enquête elle-même, façon "Zodiac" de Fincher, soit en rentrant dans l'esprit du tueur. Probablement parce qu'il a décelé une originalité dans le pourtant classique fait que le traqueur soit également l'assassin, le réalisateur a voulu jouer sur les deux tableaux. Pari perdu: il se désintéresse rapidement d'une enquête dont l'absence de logique - liée tout autant à la schizophrénie du tueur qu'à la médiocrité de ses assaillants - finit par ennuyer, pour privilégier la psyché de son héros dont il n'arrive hélas pas à franchir l'hermétisme. Les maigres indices qu'il sème pour tenter de rendre cohérent le mystère de sa folie sont souvent caricaturaux (un portrait de femme-enfant lascive filmé lourdement, des hallucinations visuelles livrées avec une absence de vision artistique...).

C'est comme si le film était piégé par l'ambivalence même de la psychose. Et que, condamné à ne pas la dépasser, à ne pas la métaboliser en discours cinématographique, il illustrait la victoire d'Alain Lamare sur ses enquêteurs et ses juges, de la folie sur la raison, et de l'art sur l'artisanat, du moins au cinéma. Car qui d'autre qu'un génie de la mise en scène pour transposer cela?

Source: 

Guillaume de la Chapelle

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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