Grève illimitée aux urgences de Tenon : «On devient maltraitants et ça ce n’est plus possible»

A l’approche de l’été, une vingtaine d’aide-soignant·es et d’infirmier·es des urgences de l'hôpital Tenon (AP-HP) se sont déclaré·es en grève illimitée depuis le 14 juin. Ils dénoncent des conditions de travail qui ne cessent de se dégrader et disent redouter un été chaotique. 

Sous la chaleur écrasante d’un début de canicule à Paris, des banderoles sont déployées devant l’entrée des urgences de Tenon, le temps de protester contre des conditions de travail jugées indignes. A l’intérieur, les patient·es continuent d’être accueilli.es. “On est en sous-effectif en permanence”, explique Nicolas, aide-soignant et membre de l’Inter-Urgences “et on est épuisés”. Le 14 juin, ils se déclarent en grève illimitée pour tenter d’alerter sur leur épuisement. Dans leurs revendications, les paramédicaux demandent des créations de postes et des revalorisations salariales. “Avec les conditions de travail que l’on nous impose, l'hôpital devient maltraitant pour les patients et patientes et nous avec”, souligne Thibault*, 33 ans, infirmier aux urgences.

D’une voix calme et posée, il revient sur les derniers cas de maltraitances auxquels il a assisté. “Le naufrage que l’on observe c’est surtout en psychiatrie, continue Thibault. Avec le manque de médecins généralistes et la fermeture d’un service de psychiatrie à Montreuil, on se retrouve à devoir gérer les personnes qui ne trouvent plus où se soigner et nous on n’est pas formés sur ces questions, on n’a pas de solution à leur proposer. Au final, on fait de moins en moins d’urgences et de plus en plus de prise en charge de patients et patientes qui n'ont pas d’autres solutions.”

Un patient reste cinq jours sur un brancard aux urgences, contentionné

La semaine dernière, il dit avoir dû laisser un patient cinq jours sur un brancard aux urgences, contentionné, parce qu’il n’y avait aucune place disponible pour le recevoir, qu’il pouvait être dangereux pour lui comme pour les autres. “C’est clairement de la maltraitance, c’est un peu une honte. Avec la situation actuelle aux urgences de Tenon, on devient maltraitant, et ça c’est plus possible.”

Autre point de crispation dans cet hôpital de l’AP-HP, la fermeture des lits, faute de personnel. Interrogé à ce sujet sur Franceinfo en avril, Martin Hirsch, directeur général de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), expliquait alors qu’il y avait entre 10 et 15% de lits fermés faute d’infirmier·es dans les hôpitaux parisiens. “On sait que les hôpitaux publics ont un problème d’attractivité, continue Thibault, mais ce qui nous inquiète aussi c’est de se dire que tous ces lits fermés ne rouvriront peut-être jamais. Pour nous aux urgences, ça va être de plus en plus difficile de trouver une place pour celles et ceux qui passent aux urgences. On n'a plus aucune solution à proposer”

A ces côtés, ces collègues acquiescent. Peu acceptent de parler par peur de représailles, expliquent-ils. “On a beaucoup de départs, les lits ferment et nous on se demande vraiment combien de temps on va pouvoir tenir encore comme ça”, souligne Alain*. “On est face à un dilemme, rester dans ces conditions ou partir et voir la situation se dégrader de plus en plus. On n'en peut plus.”

Après la publication de l'article, l'AP-HP nous a fait parvenir un mail dans lequel elle explique que "la direction de l’hôpital Tenon reste particulièrement vigilante et disponible pour échanger avec les équipes des urgences afin d’apporter des solutions pour garantir le fonctionnement du SAU au cours de la période estivale.".

 

 

Portrait de Elodie HERVE

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