Grève des Samu et des urgences : même combat ?

Les assistants de régulation médicale (ARM) des Samu-Centres 15 (lire ici notre précédent article) ont entamé début juin une grève qui fait tache d’huile, puisque 37 Samu ont rejoint le mouvement (voir la carte de l’Unarm). Dans une lettre adressée à la ministre de la Santé le 27 août dernier, l’Union nationale des assistants de régulation médicale (Unarm) demande que les ARM soient « reconnus et rémunérés à la hauteur des missions qui leur sont confiées ».  Pour en savoir plus sur ce mouvement de grève qui n'est pas sans rappeler celui des urgences, nous avons interrogé Nicolas Tondellier, ARM à Rennes et membre du bureau de l’Unarm.

What’s up Doc. Peut-on faire le lien entre la grève des urgences et la grève des Samu-Centres 15 ?

Nicolas Tondellier. Oui, car les Samu rencontrent les mêmes difficultés que les urgences à l’hôpital. On nous attribue un certain nombre de missions supplémentaires, sans augmenter en conséquence les moyens humains et matériels. Les urgences sont confrontées à un afflux croissant de patients, notamment parce que ceux-ci ne réussissent pas à trouver de médecins. C’est la même chose pour les Samu. Quand les patients n’arrivent pas à joindre leurs médecins, ils font le 15 qui était à l’origine réservé aux urgences avérées et vitales. Or, aujourd’hui, les ARM doivent traiter les appels « normaux » du 15 et les appels de permanence de soins qui, à certaines heures, génèrent des flux colossaux, sans que les effectifs soient renforcés dans le même temps. Donc le temps d’attente augmente, si bien que les gens finissent parfois par raccrocher. Il y a aussi des personnes qui arrivent dans un état pas possible quand on les récupère au téléphone. Donc, c’est difficile pour les ARM de travailler dans ces conditions…

WUD. Selon Challenges, les 70 millions d'euros débloqués par Agnès Buzyn en juin dernier pour le personnel des urgences auraient mis le feu aux poudres. En particulier la prime de 100 euros nets en reconnaissance des risques liés aux métiers des infirmiers et aides-soignants. En effet, le décret d'application de cette prime exclut les agents de régulation médicale du Samu.

N.T. Le fait que cette prime de 100 euros ne soit pas versée aux ARM a effectivement fait déborder le vase. Cela a décidé certains à franchir le pas de la grève. Le personnel des urgences dans son ensemble va bénéficier de la prime, à l’exception des ARM qui sont pourtant exposés aux mêmes risques professionnels. Contrairement au personnel des urgences, les ARM ne peuvent pas être victimes d’agressions physiques. Mais, par contre, ils sont confrontés à de la violence verbale. On observe une judiciarisation de plus en plus fréquente des appels, en raison notamment de l’agressivité croissante des gens. Les ARM sont aujourd’hui contraints de prendre une assurance professionnelle, car ils peuvent se retrouver en garde à vue pour justifier leurs décisions. Les risques professionnels, chacun les entend à son niveau. Donc, quand la ministre de la Santé a annoncé le versement de la prime pour le personnel des urgences, mes collègues n’ont pas accepté d’être mis à l’écart. Le Samu, c’est quand même la porte d’entrée des urgences. On a les gens au téléphone, on décide ou pas de les envoyer à l’hôpital en fonction de leur situation, on leur envoie parfois le mode de transport nécessaire… Nous faisons donc partie de la chaîne des urgences.

WUD. En dehors du versement de la prime de 100 euros, quelles sont vos principales revendications ?

N.T. Tous les Samu actuellement en grève sont confrontés à la situation suivante : les effectifs ne sont plus en adéquation avec le nombre d’appels entrants et l’activité générale.
Nous demandons donc tout d’abord le renforcement des équipes ARM, de façon à être en adéquation avec les recommandations de nos sociétés savantes (Samu-Urgences de France et la Société française de médecine d’urgence (Sfmu)). Elles ont émis des normes sur le nombre d’équivalents temps plein (ETP) en fonction du nombre d’appels. Mais ces recommandations ne sont pas toujours respectées….
 
Deuxièmement, la formation diplômante (désormais obligatoire pour exercer la profession d’ARM, ndlr) mise en place par la ministre de la Santé est de niveau 4, soit le niveau bac. Or, le niveau bac ne correspond pas du tout aux missions et aux responsabilités qu’on nous confie. Nous demandons donc que le diplôme proposé à la fin de cette formation soit de niveau 3 (bac + 2) et non de niveau 4. Par ailleurs, le ministère de l’Intérieur et le ministère de la Défense ont mis en place il y a quelques mois une formation qui s’adresse aux opérateurs des centres de traitement des appels des pompiers (CTA-CODIS), mais aussi aux policiers qui œuvrent dans les salles de commandement. Ceux-ci ont obtenu une formation de niveau 3. Cela n’a pas du tout pas été bien vécu par les ARM car nous travaillons avec eux au quotidien, donc on ne comprend pas le distinguo qui est fait. Il faut homogénéiser le niveau de ces formations. Par ailleurs, tous les contractuels doivent pouvoir accéder à la catégorie B, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

WUD. Avez-vous des revendications salariales ?

N.T. Oui, nous demandons le dégel du point d'indice et son harmonisation pour tout le monde. Et, bien sûr, le versement de la prime de 100 euros. Il s’agit donc à la fois d’une demande de reconnaissance statutaire et salariale. Il faut mais aussi que l’on arrête de nous demander systématiquement de faire des efforts. Cela fait des décennies que l’on change les horaires, qu’on nous demande d’adapter les personnels aux flux d’appels…. Tout ce qui pouvait être fait a été fait. Donc, maintenant, il faut recruter plus de personnel, pour améliorer le traitement des appels. Car, si vous augmentez le nombre d'appels sans augmenter le personnel, les conséquences sont les suivantes : soit les appels sont traités moins rapidement, soit les appels sont perdus, ce qui existe déjà malheureusement...

Portrait de Julien Moschetti

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