Faux frère

Critique de "Un vrai bonhomme", de Benjamin Parent (sortie le 8 janvier 2020).

Tom, adolescent timide, a grandi dans l'ombre de Léo, son grand frère charismatique à qui tout semblait réussir. Figé dans cette posture d'infériorité suite à un drame le séparant de Léo, Tom va devoir redoubler d'efforts pour enfin s'autoriser à oser être lui-même. Un film d'apprentissage dont la grande sensibilité rattrape les nombreuses maladresses. À conseiller à nos ados!

Thématique intéressante et complexe traitée avec une grande simplicité : le combo idéal du film d'ados. Un vrai bonhomme réalise presque un sans-faute dans cette catégorie, mais le réalisateur échoue cependant en omettant un élément essentiel : se mettre à hauteur d'ado, en utiliser les codes pour les accentuer ou au contraire les détourner, comme savaient si bien le faire les réalisateurs de comédies populaires des années 80. Certes, le thème du deuil est probablement trop dramatique pour se permettre de s'aventurer pleinement sur ces augustes plates-bandes. Il n'empêche : dès qu'il croque les tribus adolescentes, notre apprenti réalisateur piétine un peu. Cela se voit aussi dans sa direction d'acteurs : alors que les parents sont joués avec justesse par les toujours excellents Isabelle Carré et Laurent Lucas, les ados manquent de fraîcheur et de naturel, leur jeu les enfermant dans une mauvaise caricature. C'est particulièrement vrai concernant l'acteur interprétant le grand frère. Une exception, et de taille : le jeune Thomas Guy, interprétant le héros du film, est excellent de sobriété. C'est la première raison pour laquelle le film reste hautement recommandable.

Le deuxième atout est l'évidente sincérité qui se dégage de l'histoire, ainsi que sa volonté et son efficacité pédagogiques. Ou comment la classique chronique d'un apprentissage adolescent se trouve compliquée par le deuil de cette figure tutélaire. C'est en effet à la fois en se remémorant son frère et en réussissant à s'affranchir de son souvenir doublement écrasant que Tom pourra dépasser le mal-être qui l'empêche d'être pleinement lui-même. On oubliera la fin extrêmement maladroite du film - on imagine mal une mère dont le fils est décédé dans un accident de la route inciter son autre fils à conduire sans permis - grâce à la pudeur élégante qui se dégage de l'ensemble des scènes de réelle émotion. Les ficelles psychologiques utilisées pour illustrer la dimension traumatique de la perte du frère, à base d'ami imaginaire et de dédoublement de personnalité, sont sans doute bien grosses, mais il nous semble que c'est plutôt un argument en faveur du film. Tout comme les contes ou les fables, la subtilité naît de la simplicité narrative, comme si premier et second degré se confondaient - ce qui est le propre de l'enfance. En conclusion, pour évaluer la réelle qualité de ce film, il faudrait avant tout être...un ado!

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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