Euros for docs : Les liens des industries pharmaceutiques et des professionnels de santé sur la toile

Ce mardi 1er juin, la plateforme Euros for docs a été inaugurée. L’idée ? Recenser les liens financiers partagés par l’industrie pharmaceutique et les professionnels de santé dans une interface facilement exploitable.

Petit tremblement de terre sur la planète médecin. Ce 1er juin, le plateforme européenne Euros for docs a été lancée sur internet. Son objectif, rendre visible aux yeux de tous les liens que partagent, parfois, les industries pharmaceutiques et les professionnels de santé.

En tout, 7 milliards d’euros ont été versés par l’industrie pharmaceutiques aux professionnels de santé de 2017 à 2019 dans onze pays européens. Un joli pactole qui s’adosse parfois à de potentiels conflits d’intérêts. « Les entreprises pharmaceutiques et de technologie médicale dépensent BEAUCOUP d'argent pour promouvoir leurs produits auprès des médecins et autres prestataires de soins de santé », assurent sur leur site les deux fondateurs de la plateforme, Pierre-Alain Jachiet, principal développeur de la version française du site créée en 2018, et Luc Martinon, data scientist. Et ce dernier de préciser pour RFI : « Comme des invitations tous frais payés à des congrès, des contrats de consulting, des frais de voyages et parfois plus rarement des cadeaux. L’objectif des entreprises pharmaceutiques est d’acheter en quelque sorte la loyauté  des médecins, avec une manière de faire assez insidieuse pour que les professionnels de santé ne se sentent pas corrompus. »

L’exemple de la crise des opioïdes aux États-Unis et du scandale du Mediator en tête pourtant, les deux développeurs estiment que cette « influence » peut avoir des conséquences « dramatiques » sur la santé des patients. « Au cours des 10 dernières années, la transparence est apparue comme une nouvelle solution pour s'attaquer à ce problème », expliquent-ils. Inspirés par l’initiative américaine des Sunshine Act qui contraint les laboratoires américains à déclarer leur paiement aux professionnels de santé dans une base de données publiques, quelques pays européens, à l’instar de la France, se sont dotés d’un législation similaire. Problème ? La transparence à la sauce européenne ne s’encombrerait pas de la lisibilité. « Les données ne sont pas facilement accessibles. Cette transparence opaque ne change pas les pratiques et ne limite pas l'influence indue de l’industrie », assurent Pierre-Alain Jachiet et Luc Martinon. Une problématique qui s’illustre notamment dans l’Hexagone au travers de la base Transparence Santé, créée en 2014, qui multiplie les erreurs, les doublons ou encore les omissions. Cela sans oublier que les dispositifs de contrôles varient d’un pays européen à l’autre…

Des failles de taille que les deux fondateurs entendent participer à combler en facilitant l’accès à ces données. « Nous avons répertorié les sources de transparence dans les pays européens : registres publics dans les pays avec enregistrement, documents de divulgation volontaire ailleurs. Nous avons extrait les données de ces documents, unifié le format et tout stocké dans une seule base de données », détaillent-ils. Un travail qui a permis d'agréger les données de onze pays européens, dont six de manière complète. « La législation européenne recommande aux pays de l’UE de publier ce type d’informations. Quand elles existent nous les reprenons ou nous les complétons avec des données issues des déclarations volontaires des groupes pharmaceutiques », détaillent les deux développeurs pour RFI. Parmi les pays recensés ? La Suède, le Royaume-Uni, la Roumanie, le Portugal ou encore la Belgique et la Suisse. Les données de la France, quant à elles, sont disponibles sur la version française du site. 

Désormais donc, plus besoin de se noyer dans des amas de données illisibles pour les non-initiés. Un nom d’entreprise, de professionnel, de pays ou encore une année suffit pour avoir accès à des tableaux qui permettront de mieux comprendre les liens qui unissent l’objet de votre recherche aux industries pharmaceutiques. « L'idée est que les compagnies pharmaceutiques et les médecins y réfléchiraient à deux fois avant de s'engager dans une collaboration loufoque s'ils savaient que tout sera public », explique les deux fondateurs.

Portrait de Julia Neuville

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