"Est-ce que tout n’a pas été fait pour que s’effondre l’hôpital public ?", se demande Patrick Pelloux dans une tribune

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Dans une tribune publiée dans le JDD le 10 novembre, le Dr Patrick Pelloux, le Dr Christophe Prudhomme et une dizaine de leurs confrères (1) de l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf) pointent les dégâts causés par "l’hôpital entreprise" et se demandent si l’épuisement du système n’a pas été programmé. Tout en appelant à manifester le 14 novembre.
 

"Est-ce que tout n’a pas été fait pour que s’effondre l’hôpital public ?", se demande Patrick Pelloux dans une tribune

Et si la crise actuelle de l’hôpital public avait été savamment orchestrée depuis des décennies ? Et si tout avait été fait pour que s’effondre l’hôpital public ? Telles sont les questions que se posent l'urgentiste Patrick Pelloux et treize de ses confrères (1) de l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf), dans une tribune publiée dans le JDD le 10 novembre.
 
Dans un premier temps, c’est le nombre de médecins qui a été réduit. Dans les années 80, l’idée médico-économique était la suivante : « Plus il y a de médecins, plus il y a de consommateurs de soins. S’il y avait tant de dépense de santé, c’était parce qu’il y avait trop de demandes à cause d’une trop grande offre », analyse les auteurs de la tribune.
 
Puis, dans les années 90, « les médecins libéraux dans la surconsommation des soins ont même été encouragés à partir à la retraite par de rondelettes sommes », tandis que le numérus clausus se réduisait drastiquement jusqu’en 2006.

Incriminer le prétendu gaspillage des hôpitaux

Puis, il fut question « d’incriminer le prétendu gaspillage des hôpitaux, pourvoyeur du trou de la sécurité sociale », rappelle la tribune. La loi Bachelot a en effet créé « "l’hôpital entreprise" qui a alors retiré tout pouvoir décisionnaire aux médecins hospitaliers pour confier la bourse à des gestionnaires », tandis que la tarification à l’acte « a réglé le système de santé devenu une industrie gérée par des gestionnaires ».
 
Conséquences : « Plus on fait d’actes, plus on est rentable. Chaque malade est pourvoyeur d’argent pour l’hôpital s’il consomme plus d’examens, de médicaments, de soins. » Sauf que la multiplication des actes a fait augmenter la dépense de santé, déplore la tribune.
 
Aujourd’hui, « après avoir mis dos à dos les acteurs d’un même service, cadres, soignants, médecins, personnels administratifs, en les missionnant sur la codification et la vitesse plutôt que sur la qualité, on accuse les difficultés managériales de l’hôpital public », poursuivent les auteurs de la tribune qui en sont venus à se poser la question suivante : « Est-ce que l’épuisement du système n’a pas été programmé ? Est-ce que tout n’a pas été fait pour que s’effondre l’hôpital public au profit de l’économie ? Le but n’est-il pas de détruire la sécurité sociale et le service public hospitalier ? »

Le démantèlement est en cours d’achèvement 

Et d’évoquer les conditions de travail et les salaires ridicules qui font fuir les soignants les plus motivés. Tandis qu’il manque de médicaments, de brancards, de lits, de personnel pour s’occuper des patients.
 
Conclusion de la tribune ? « Le démantèlement est en cours d’achèvement. En épuisant les soignants, on les a fait fuir : spirale sociale infernale. Non seulement l’hôpital public est déficitaire, mais il deviendra inefficace puisque incapable de remplir sa mission de continuité des soins pour tous. »
 
C’est pourquoi les médecins de l’Amuf seront dans la rue le 14 novembre pour demander :
- L’ouverture de lits
- L’augmentation de l’ONDAM hospitalier
- L’arrêt de la facturation à l’acte : la T2A
- L’augmentation des effectifs cibles
- L’augmentation des salaires
 
1 : Dr Lydie Nguyen The (Kremlin Bicètre), Dr Patrick Pelloux (Paris), Dr Christophe Prudhomme (Avicennes), Dr Christian Brice (Saint Brieux), Dr Franck Legrand (Armentière), Dr Franck Beker (Rodez), Dr Alain Percodani (Ajaccio), Dr Emmanuelle Seris (Sarguemine), Dr Fréderic Pain (Parthenay), Dr Véronique Péquignot (Marseille), Dr Magalie Kraif (Marseille), Dr Hugues Breton (Digne), Dr Eric Loupiac (Lons le Sonnier, dr Didier Storme (Vichy)
 

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