Entretien avec le Pr. Guy Vallancien : Le futur de la médecine vu à travers une boule de cristal

« L’ordinateur va faire le diagnostic et choisir la thérapie 9 fois sur 10 »

Le Pr. Guy Vallancien vient de publier un livre où il analyse les évolutions futures de la médecine. Le titre a de quoi faire réfléchir, voire de quoi faire frémir : « La médecine sans médecin ? ». What’s up Doc a donc voulu en savoir plus, et lui a demandé ce qu'est cette « média-médecine » qui se trouve au cœur de son ouvrage.

What’s Up Doc : Qu’est-ce que la « média-médecine » ?

Pr. Guy Vallancien : La média-médecine, c’est simplement le prolongement du stéthoscope de Laennec. Quand un beau jour de 1816, ce jeune médecin breton a voulu ausculter une accorte jeune femme, il a pris deux feuilles de papier, les a roulées, et il a mieux entendu. Depuis lors, il y a une médiation entre le corps du malade et le médecin. Tant que celui-ci est avec ses mains nues, il est impuissant. En se détachant du corps du malade, grâce à l’imagerie et à la biologie, il fait le diagnostic plus tôt, et dispose de thérapies plus ciblées.

WUD : Comment la média-médecine se traduit-elle dans la pratique médicale actuelle ?

Pr. G.V. : Sa manifestation la plus frappante me semble être la robotique. On vient de mettre au point le robot à prélèvement, qui pique la veine avec une douceur infinie. Un robot anesthésiste vient d’être lancé aux Etats-Unis. Il assure toute l’anesthésie, il n’y a plus besoin de médecin ! Il y a un autre exemple qui peut faire rire, mais qui me semble essentiel pour le confort des malades : la cuiller qui ne tremble pas, pour permettre aux Parkinsoniens de manger sans tout renverser.

WUD : Et le médecin ne risque-t-il pas de disparaître derrière tous ces instruments ?

Pr. G.V. : La médecine s’apprête à vivre des mutations colossales, qui toucheront tous les pans de l’activité humaine. L’ordinateur va faire le diagnostic et choisir la thérapie 9 fois sur 10. Mais contrairement à ce que l’on peut croire, les technologies de l’information, au lieu de stériliser la relation humaine, vont l’augmenter. Le médecin va voir son rôle changer, dans la mesure où il va devoir transgresser les règles établies. Dans 10 à 15% des cas, les patients ne correspondent pas aux cas prévus. Ce sont ces personnes qui ne rentrent pas dans le moule dont le médecin aura la charge. C’est le plus beau des rôles : la relation humaine. Le reste, ce sont les machines ou des personnels de niveau master comme les infirmières praticiennes qui pourront le faire.

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Adrien Renaud

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