Enquête de sens

Ciné week-end : L'Apparition, de X. Giannoli (sortie le 14 février 2018)

Jacques, grand reporter de guerre en deuil de son collègue photographe mort sur le terrain et sous ses yeux, est contacté par le Vatican pour participer à une commission d'enquête canonique qui vise à statuer sur l'authenticité d'un cas d'apparition miraculeuse dans le sud-est de la France... Un film exigeant et abouti sur les frontières poreuses entre le doute et la foi.

Petite précaution tout d'abord: aller voir L'Apparition, le dernier Giannoli, nécessite une bonne dose de concentration ainsi qu'un désir de réflexion. Bien que le scénario, plutôt bien ficelé, permette de nous laisser porter assez facilement par l'histoire, le film est surtout intéressant dans ce qu'il ne dit pas, dans ses zones d'ombre, dans l'insoluble. Il s'agit alors de capter le moment d'émotion et l'ivresse du mystère, piégés dans l'austérité et la rationalité des faits que Giannoli prend un malin plaisir à nous asséner - au risque de saturer ce beau travail de longueurs inutiles. 

Une thématique riche et bien exploitée permet à l'oeuvre d'avoir une sacrée tenue, de celles qui nous poursuivront de temps à autres sans non plus - pour cause de pathos - nous plomber le moral ou nous donner la migraine. Le film débute et s'achève dans la fureur du monde, comme si Frère Xavier voulait nous montrer que le chemin introspectif de Jacques, joué avec une belle sincérité par un Vincent Lindon tellement excellent que cela devient rengaine de le rappeler, n'avait d'écho que parce qu'il demeurait terriblement moderne. Une quête de sens, en quelque sorte, chez quelqu'un de déboussolé, tenté par le renoncement. 

Ce chemin-là est la première grande réussite du film. Voir Lindon basculer dans la perplexité, puis se battre pour comprendre la dimension profonde d'une vérité qui peu à peu n'intéressera personne d'autre que lui, ou plutôt dont nul, marchands du temple comme scientifiques, n'a intérêt à ce qu'elle soit dévoilée, est passionnant. L'évolution de son personnage et la vérité de son jeu permettent d'appréhender que le doute et la conviction, le scepticisme et la foi ne sont pas ennemis et semblent destinés à cohabiter tels un bel oxymore.

Le destin de la jeune "voyante", celle qui proclame, ou plutôt qui laisse à d'autres le soin de proclamer, que la Vierge lui est apparue, est tout aussi intéressant. Réceptacle de toutes sortes de passions humaines, des plus lumineuses aux plus tristes, vectrice d'un message qui ne trouve de sens à sa vie que dans le sacrifce, la jeune Anna, qui s'acharne tant à rappeler qu'elle n'est pas une menteuse, émeut de plus en plus. Elle aussi, comme Jacques, réunit les contraires : ce n'est pas parce qu'elle ne dit pas la vérité qu'elle est dans le mensonge. 

Ces deux personnages mus par la même quête d'un possible accord entre soi et le monde, dont l'une permettra un possible retour à la vie et l'autre échouera, laisseront pour longtemps une trace en ceux qui auront accepté de les suivre tout au long de ce film exigeant.

Source: 

Guillaume de la Chapelle

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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