Egalité hommes-femmes chez les médecins : « le chemin est encore long... mais il est plus court qu'avant »

Selon une enquête réalisée par Medscape, 44% des femmes médecins considèrent que leur sexe a une influence négative sur leur carrière. Entretien avec Véronique Duqueroy, Directrice éditoriale, Medscape. 

WUD : 44% des femmes médecins voient leur sexe comme un obstacle professionnel, est-ce un chiffre qui évolue à la hausse ou à la baisse ? 

VD :  C'est la première enquête avec ce type de questions que nous réalisons chez Medscape, donc il n'y a pas de comparatif direct. Néanmoins, lors de notre dernière enquête sur le harcèlement sexuel dans le milieu médical, il apparaissait que l'exercice était plus ardu pour les femmes médecins compte tenu de l'impact du harcèlement sur leurs conditions de travail (1 femme médecin sur 6 victime d'un collègue, 1 médecin sur 3 indique que le harcèlement a des répercussions sur son travail).

WUD : Sent-on une différence avec la montée en puissance des discours féministes ou le chemin est-il encore long ?  

VD : Il y a plusieurs changements qui s'opèrent (selon les témoignages que nous avons reçus) : libération de la parole des médecins femmes (comme dans les autres professions, sur la vague #metoo), prise de conscience de l'inégalité liée au sexe chez les confrères masculins, mises en place de mesures officielles (loi contre le harcèlement, loi sur la parité salariale, loi sur les congés de paternité etc.). Donc le chemin est encore long... mais il est plus court qu'avant.

WUD : Comment expliquer que les patients prennent moins les femmes au sérieux ? Le problème vient-il de la société ou du secteur médical lui-même ? 

VD : Selon les témoignages, ce sont surtout les personnes plus âgées qui ont des difficultés à percevoir les femmes dans des rôles hiérarchiques plus élevés (médecins versus infirmières par exemple) ; la "méprise" serait moins fréquente chez les patients plus jeunes. Concernant le secteur médical, étant donné que la profession de médecin est encore très valorisée dans la société (statut social élevé), elle garde encore une image d'autorité masculine - ceci pourrait bien changer puisque d'ici 2022-2023 la majorité des médecins seront des femmes.  

WUD : Comment faire évoluer les choses ? 

VD : La prise de conscience est la première étape. Encore une fois, étant donné que démographiquement il va y avoir un tournant, on peut être optimiste et penser que les inégalités vont s'estomper... 

WUD : Comment expliquer également que les femmes se sentent moins à l’aise dans les postes de direction ?  

VD : Certaines expliquent qu'elles ne sont pas écoutées, ni prises au sérieux par des confrères, mais aussi par des collègues qui ont pourtant un poste hiérarchique moins élevé (infirmiers, brancardiers), donc elles se sentent moins soutenues ; plusieurs disent devoir faire doublement leurs preuves comparativement à leurs confrères masculins.... Tout cela n'aide certainement pas à la confiance en soi. Après, il peut y avoir un biais dans l'interprétation de ce qu'est la "confiance en soi" entre les femmes et les hommes. Perfectionnisme et syndrome de la bonne élève pour les unes (elles se jugeraient elles-mêmes plus sévèrement), et surévaluation de leurs capacités/compétences pour les autres (les hommes ont plus tendance à se croire plus intelligents, selon une étude de 2018).

 

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