Douleurs muettes

Ciné week-end: Silent Voice, de N. Yamada (sortie le 22 août 2018)

Nishimiya, jeune fille sourde, est régulièrement moquée et rejetée par un groupe d'élèves de sa classe. Ishida, le leader de ce groupe de harceleurs, est aussi celui qui semble le plus tourmenté par cela. Quelques années plus tard, aux prises avec une dépression profonde, Ishida cherche à savoir si une rédemption est possible...Un manga foisonnant qui illustre avec beaucoup de délicatesse la complexité, la violence et l'éternelle évolution des relations entre enfants. 

Qu'il est difficile de résumer le tourbillon d'images, de sensations, de réflexions, de souvenirs aussi, que procure ce film d'animation japonais ! A l'image de la complexité de la problématique qu'il décrit, Silent Voice est un film en arborescence, où chaque situation devient l'occasion de multiples possibles qui se chevauchent, s'effleurent et se concrétisent parfois bien plus tard. Il est parfois dur d'en saisir le fil directeur, tant les tourments des principaux protagonistes noient l'intrigue.

Et si c'était finalement cela que la réalisatrice de ce premier film voulait avant tout montrer ? A savoir que le harcèlement scolaire serait avant tout la résultante d'une incommunicabilité entre plusieurs mondes trop intimes et trop complexes pour être reliés ? Au-delà de l'effet de groupe, le film montre surtout à quel point harceleur et harcelé deviennent prisonniers d'une relation impossible où chacun renvoie à l'autre quelque chose d'insupportable: la détestation de soi. 

Le sujet est évidemment épineux, car choisir l'angle de la rédemption pour aborder ce thème nécessite autant d'audace que de délicatesse. D'aucuns reprocheront à Naoko Yamada de renvoyer une image idéalisée, une violence atténuée, du harceleur prêt à payer de sa vie pour se sortir de son sentiment de culpabilité. Encore plus parce que l'idée d'une romance possible traverse tout le film.

Ce sont pourtant ces aspects qui sont les plus intéressants. Le suicide y est vu comme l'aboutissement d'une impossibilité d'être à l'autre, bien plus qu'à soi, et la communication réelle un préalable au pardon, au rachat...et finalement à la possibilité de (re)vivre. Quant à la potentielle histoire d'amour entre la victime et son agresseur, la fin du film suggère plutôt qu’elle représente la rémanence d'un lien toxique empêchant là encore de surmonter les traumatismes. On est bien loin du manga à l'eau de rose...

Source: 

Guillaume de la Chapelle

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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