#DocteurGreen – Ecologie à l'hôpital : le combat de David contre Goliath ?

Deux médecins donnent le point de vue du terrain

Etre médecin hospitalier et avoir une sensibilité écologique, ce n'est pas toujours facile. Mélanie et Sébastien, respectivement chef de clinique et interne à Garches, sont là pour en témoigner. Ils nous confient leurs constats amers, mais nous parlent aussi de ce qu'ils font pour que les choses changent.

« Mon combat du moment, c'est les piles ». Mélanie Popoff, chef de clinique en médecine physique et de réadaptation, n'a pas peur de se lancer à l'assaut des moulins. Au sein du grand navire qu'est l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches, elle fait entendre une petite voix : celle d'un médecin qui laisse parler sa sensibilité écologique. Et ce n'est pas toujours facile.

Sur les piles, par exemple, elle est loin d'avoir eu gain de cause pour l'instant. « J'ai demandé s'il était possible de commander des piles rechargeables », explique-t-elle. Réponse de la cadre administrative : c'est une bonne idée, mais ce n'est pas dans le budget, on risque d'être bloqués au niveau de l'économat.

Réponse frustrante. Mais Mélanie ne s'arrête pas là. Quand on lui demande quels sont les domaines dans lesquels elle constate le plus de gâchis, les idées fusent. D'autant plus que Sébastien Schitter, l'interne qui travaille avec elle, s'y met aussi.

Gâchis en pagaille

Les résultats de biologie, d'abord, que l'on imprime systématiquement et que personne ne lit car ils sont consultables sur l'ordinateur. « Ca fait des énormes tas de feuilles, on n'a même pas de quoi les ranger », sourit Mélanie.

Le tri, ensuite : « on n'a même pas de poubelle pour recycler le papier », déplore Sébastien. « On a juste la poubelle jaune et la poubelle noire ». La jaune pour les DASRI (Déchets d'activités de soins à risque infectieux), et la noire pour tout le reste. « Mais tous les jours on retrouve dans la poubelle jaune des déchets qui n'ont rien à y faire », constate l'interne.

Et puis il y a le vaste sujet de l'énergie. « On chauffe à fond avec les fenêtres ouvertes », remarque Sébastien. « Beaucoup de lumières restent allumées 24 heures sur 24, et la moitié des ordinateurs ne sont jamais éteints », renchérit Mélanie. « Et tous les transports qu'on organise d'un hôpital à l'autre, c'est du diesel. Vous imaginez la pollution que ça engendre ? », demande Sébastien.

Prise de conscience

Et leurs collègues, que pensent-ils de tout ça ? « A l'hôpital, les gens ont tellement de travail, de responsabilités, pour eux ce genre de questions est un peu secondaire », remarque Mélanie. Mais elle constate une amélioration : « il y a un an, quand je parlais d'écologie, on me disait que je perdais mon temps. Maintenant, il commence à y avoir une prise de conscience individuelle ».

D'ailleurs, les deux médecins ont un projet bien concret : un composteur en salle de garde. « Chez nous c'est un peu la campagne, il y a des plantes », explique Mélanie. « Pourquoi ne pas recueillir les déchets alimentaires et en faire du compost ? »

Alors, un peu Don Quichotte, Mélanie et Sébastien ? « On part de zéro », reconnaît la chef de clinique. « A la maison on trie, on économise l'eau, on mange de façon plus responsable, mais sur notre lieu de travail, quand on ouvre les yeux, on constate que la réalité est en décalage avec ce qu'on voudrait voir ».Ce qui n'est pas une raison pour ne rien faire.

Source: 

Adrien Renaud

Portrait de La rédaction

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