DMP : "un alignement des planètes est en train de s’effectuer"

Poursuite du déploiement du dossier médical partagé (DMP), création de l’espace numérique de santé, « Health Data Hub »… Tous ces projets font partie intégrante du volet numérique de Ma Santé 2022 (lire à ce sujet la feuille de route "Accélérer le virage du numérique"). C’est dans le cadre de ce projet de loi qu’InterSystems, éditeur de logiciels novateurs dans le domaine de la santé, avait été consulté par le gouvernement. Nous avons posé quelques questions à son directeur général, Carlos Jaime, pour en savoir plus sur tous ces projets.

What’s up Doc. Pouvez-vous nous présenter InterSystems en quelques mots ?

Carlos Jaime. InterSystems a été créée en 1978. Nous couvrons un spectre large et unique sur le marché, car nous sommes capables de couvrir l’ensemble d’une infrastructure d’échange, de partage et de stockage de données. Tout d’abord, nous sommes les acteurs les plus représentés dans les plateformes de dossiers de soins au niveau international. Nous sommes le socle technologique du dossier médical partagé des Pays-Bas, du dossier patient et du dossier médical partagé de l’Écosse. Nous avons aussi travaillé sur ces dossiers-là avec la Suède. Donc, nous sommes probablement l’acteur leader en Europe et dans le monde en termes de socle technologique, du fait de notre expérience opérationnelle.
 
Quand je parle de socle technologique, je parle de bases de données, de moteurs d’interopérabilité, d’analyse populationnelle… Bref, tout ce qui fait partie de notre métier historique. On a également une expertise sur les plateformes de coordination des soins et de partage d’informations sur les territoires. Nous gérons des États, des régions, des technologies qui concernent 200 millions de patients. Nous avons également fait l’acquisition de clients comme Trakcare qui a développé le Dossier patient informatisé le plus éprouvé au monde. Nous sommes donc aujourd’hui un acteur important du dossier patient informatisé en France, mais également en Europe et dans le monde (en dehors des États-Unis).

Nous avons en effet contribué à la genèse du projet de loi 

WUD. InterSystems a participé, via des auditions, à l’élaboration du volet numérique du projet de loi « Ma Santé 2022 ». Pouvez-vous nous en dire plus sur ce sujet ?

C.J. Nous avons en effet contribué à la genèse du projet de loi « Ma Santé 2022 ». Nous avons eu des échanges avec différents membres du gouvernement, des éditeurs de logiciels, des startups du domaine de la santé... En tant qu’éditeur de logiciels, j’ai été reçu par le Conseil stratégique des industries de santé (CSIS). Édouard Philippe avait donné à cette instance de dialogue entre l’État et les industries de santé la mission suivante : faire un état des lieux des enjeux et des problématiques des outils numériques actuels, qu’il s’agisse du suivi des patients en temps réel, des molécules onéreuses (MO), de l’évaluation des bénéfices liés à certains traitements et à de nouvelles thérapies… C’est dans ce cadre que nous avons été invités à partager notre vision et nos expériences en 2018 et 2019. L’équipe de Dominique Pon (responsable de la Délégation ministérielle du numérique en santé Ma santé 2022, NDLR) et de Laura Letourneau (déléguée ministérielle du numérique en santé, NDLR), mais aussi différents acteurs du monde de la santé ont ensuite mené une réflexion autour du projet « Ma Santé 2022 ». Ils ont effectué un travail considérable pour définir un cadre et une feuille de route qui, pour une fois, est extrêmement ambitieuse et pragmatique.

Contraindre l’ensemble des acteurs du marché à communiquer ensemble 

WUD. En quoi l’expertise d’InterSystems peut-elle contribuer à améliorer l’efficacité du système de santé français ?

C.J. L’une des ambitions du volet numérique de « Ma santé 2022 », c’est de contraindre l’ensemble des acteurs du marché à communiquer ensemble, dans un cadre d’interopérabilité qui soit partagé. Cela veut dire qu’on pourra communiquer sur des langages pour partager des informations. La deuxième ambition de « Ma santé 2022 », est de créer une urbanisation des systèmes d’information, c’est-à-dire de créer une infrastructure suffisamment robuste pour qu’elle soit la colonne vertébrale de l’ensemble des échanges qui vont avoir lieu : création de l’espace numérique de santé et d’un portail d’outils pour les soignants, son interaction avec le « Health Data Hub » et le Dossier médical partagé (DMP)… L’ensemble de ces outils devront être mis en place autour d’une colonne vertébrale, d’une structure et d’une infrastructure technique qu’InterSystems est en mesure de porter. Nous sommes probablement l’acteur le mieux armé pour accompagner cette transformation. Pourquoi ? Parce que l’on a les outils techniques et le socle technologique pour pouvoir le faire. Mais aussi parce qu’on a déployé dans de nombreux pays ce type de projets. Ce retour d’expérience est déterminant parce qu’on peut faire partager les bonnes pratiques que l’on a déjà déployées sur le plan européen, mais aussi en dehors de l’Europe. On l’a également fait en Amérique du Sud, en Amérique du Nord, en Asie…

La France a un avantage concurrentiel par rapport à ses voisins européens 

WUD. Pouvez-vous nous parler plus en détail du « Health Data Hub » et du DMP ?

C.J. Le « Health Data Hub » va être mis en place pour pouvoir exploiter l’ensemble des données du SNDS (Système national des données de santé). Demain, on pourra sans doute récupérer des données cliniques pour pouvoir mettre à disposition des acteurs du marché une vraie base de données, et ainsi développer de nouvelles technologies pour l’usage. Sur ce plan-là, la France a la chance d’avoir un avantage concurrentiel par rapport à ses voisins européens, du fait de sa taille et de l’historique de ses bases de données.

On a peut-être lancé le DMP 10 ans trop tôt en France

Quant au déploiement du DMP, il s’accélère. La première phase a été un échec, notamment parce qu’il y avait un problème de maturité des technologies au moment où cela a été initié. Il y avait aussi un problème de gouvernance : l’ambition n’était pas assez claire du côté des grandes instances qui étaient à l’initiative de ce projet. Il y avait aussi un problème de timing : ce n’était pas le bon moment. On a peut-être lancé le DMP 10 ans trop tôt en France. Et on voit que tous les projets européens qui ont réussi dans la mise en œuvre d’un équivalent DMP (Pays-Bas, Écosse, Suède, Espagne, Danemark, Norvège…) à l’exception de quelques-uns qui ont été initiés entre 2005 et 2010. Depuis 2005, on observe une maturité, une capacité à démarrer ce type de projets ambitieux.

L’objectif, c’est que le DMP soit interactif

Il y avait une vraie réussite française qui était le dossier pharmaceutique (DP). L’ordre des pharmaciens a construit de façon autonome le DP pour l’ensemble des citoyens, si bien qu’il y a aujourd’hui plus de 30 millions de DP actifs *. Depuis que la Cnam a récupéré le dossier du DMP, ils ont eu l’intelligence de se rapprocher du DP, et on en est aujourd’hui à 7 millions de DMP ouverts. Il y a donc une vraie dynamique. Néanmoins, la convergence, le changement d’infrastructures que sont en train d’initier l’équipe de Dominique Pon et Laura Letourneau nous obligeront à travailler dans des environnements ultra modernes. Cela va nécessiter probablement des technologies beaucoup plus agiles et modernes pour porter la généralisation du DMP. L’objectif, c’est qu’il soit interactif, pour non seulement qu’il reçoive des données, mais aussi pour qu’on puisse s’appuyer dessus pour faire des requêtes. Il ne s’agira plus uniquement de données figées, mais de données qui seront structurées et partageables.

Il y a un alignement des planètes qui est en train de s’effectuer

WUD. Va-t-on enfin assister à la réussite du DMP en France ?

C.J. Aujourd’hui, on voit une véritable accélération dans le déploiement du DMP en raison de cette association avec l’ordre des pharmaciens, mais aussi parce que les pharmaciens sont payés 1 euro par DMP ouvert.  Donc, la dynamique est encore plus forte pour aller vers une généralisation du DMP. De plus, de par la loi, toute naissance donnera désormais lieu à l’ouverture d’un DMP. Donc il y a un alignement des planètes qui est en train de s’effectuer, avec une feuille de route qui est aujourd’hui lisible et des étapes clairement identifiées. Donc on a l’ensemble des atouts en main pour réussir ce projet, ce qui n’était pas le cas auparavant.

N’essayons pas d’inventer ce que les autres ont déjà réussi à faire

WUD. De quoi dépendra la réussite du DMP dans le futur ? Et comment pourriez-vous participer à cette réussite ?

C.J. Quand on parle de DMP, on parle d’infrastructure informatique, de réseau neuronal, d’interaction dynamique entre les différentes identités qui vont interagir. L’interopérabilité sera donc déterminante, et, de fait, l’agilité des outils qui seront choisis sera un facteur clef de succès. N’essayons pas d’inventer ce que les autres ont déjà réussi à faire. Tirons les enseignements des échecs du passé en France, mais aussi des échecs de nos voisins européens qui n’ont pas tous réussi à relever ce défi. Il faudra aussi s’appuyer sur des technologies robustes, des entreprises expérimentées. La marche est déjà très haute à franchir. Donc cela serait une erreur d’appliquer au marché français des technologies ou des modes interopérabilité ou de communication spécifiques.
 
* 47,7 millions de dossiers créés (au 30 octobre 2017), dont 36,2 millions de DP.
 

Portrait de Julien Moschetti

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