Diversification professionnelle : en clinique aussi c'est possible

Faire son métier, ce n’est pas qu’exercer sa spécialité : recherche clinique, participation à la formation des internes, implication dans la gouvernance des établissements… Pour sortir le nez de son bloc opératoire ou de son box de consultation, les opportunités sont nombreuses. Et contrairement à une idée recue trop répandue, ces possibilités de diversification professionnelle ne sont pas réservées au public : en clinique aussi, tout est envisageable !

DANS LE PRIVÉ AUSSI, LES INTERNES VIENNENT SE FORMER

On a beau savoir qu’elle est fausse, l’image d’Épinal est tenace : dans notre inconscient collectif, l’internat, ça se passe dans le public. Et pourtant, depuis la loi Bachelot de 2009, les établissements privés peuvent accueillir des internes. Une chance pour la formation médicale : les internes peuvent ainsi découvrir l’exercice en clinique, et les libéraux peuvent poursuivre une activité de compagnonnage.

Le Dr Philippe Bellemere, chirurgien orthopédiste spécialiste de la main exerçant à la clinique Jeanne-d’Arc de Nantes, est bien placé pour le savoir : cela fait 20 ans qu’il accueille des médecins en formation. Dans son domaine, l’avance du privé sur le public était telle que la pratique d’accueil des internes a devancé la loi Bachelot. Cela ne s’est pas fait sans difficulté pour autant : « Au début, ils devaient se mettre en disponibilité et venaient chez nous pendant 6 mois non validés », explique-t-il. Maintenant, les choses sont plus simples. Le service du Dr Bellemere accueille 3 ou 4 internes par semestre. « On est plein jusqu’en 2017 » assure le chirurgien, qui ne voit que des avantages à cette situation : « Pour nous c’est génial parce que ça nous pousse à être toujours au top niveau pour pouvoir attirer les jeunes médecins ». Et dans la pratique quotidienne ? « Ça nous remet en question en permanence, il faut toujours être capable de répondre à leurs interrogations ».

Une petite réserve, toutefois : les internes accueillis à la clinique Jeanne-d’Arc ne peuvent opérer qu’en urgence. Pour les interventions programmées, les patients passent toujours sur le billard avec le chirurgien qu’ils sont venus consulter spécialement, sur la base de sa réputation. « C’est une restriction, mais dans la majorité des cas, ça ne dérange pas les internes », assure le Dr Bellemere. Et de toute façon, c’est bien souvent aussi le cas dans les CHU. Pour le Dr Bellemere, la formation d’un médecin doit, au moins dans certaines disciplines, passer par le privé : « Les CHU n’ont plus les moyens de faire tous les types de spécialités médicales ou chirurgicales. Il y a des pôles d’excellence dans le privé, il n’y a pas de raison qu’ils ne soient pas associés ». La clinique Jeanne-d’Arc a d’ailleurs poussé cette logique jusqu’au bout : en plus des internes, elle accueille… un chef de clinique. Et ça, c’est vraiment nouveau !

DANS LE PUBLIC, IL Y A LA CME. DANS LE PRIVÉ, IL Y A… LA CME AUSSI

CME. 3 lettres bien connues dans le public. La célèbre Commission médicale d’établissement des hôpitaux a une homologue et presque homonyme dans les cliniques : la Conférence médicale d’établissement. Avec un rôle essentiel : être l’interlocuteur de l’équipe de direction. « L’objectif, c’est de faire émerger l’intérêt professionnel médical face aux intérêts gestionnaires », explique le Dr Michaël Kassab, chirurgien vasculaire et président de la CME de la polyclinique de Poitiers. « Il faut que les deux puissent se potentialiser mutuellement ».

C’est un rôle d’animation, de modération, et parfois aussi de tampon, explique ce praticien qui officie à la CME depuis 10 ans. « Je ne suis pas le patron des médecins. Ils ne sont pas salariés, mon rôle est de les fédérer », détaille-t-il. Il s’agit donc d’une activité où il faut aimer le contact humain, car une grande partie du travail se passe en réunions et discussions. Commission d’hygiène, CLIN, réunions du Bureau, divers rendez-vous… En tout, le Dr Kassab estime qu’il consacre une demi-journée par semaine à la CME, « sans compter les nombreuses sollicitations téléphoniques ».

Une activité finalement très proche de ce qui se passe dans le public : passionnante même si chronophage, parfois répétitive et non rémunérée encore dans le privé… Le Dr Kassab le reconnaît, il aimerait parfois se sentir plus épaulé, et pouvoir préparer, pourquoi pas, un passage de relais. Mais en attendant qu’un candidat se manifeste, il continue : « L’intérêt, c’est d’être sur le pont et d’être au courant de ce qui se fait. C’est le plaisir d’élaborer un projet avec la direction, de l’imaginer et de le mettre en œuvre ».

Son conseil à un jeune médecin qui voudrait se lancer dans l’aventure des instances de gouvernance ? « Allez-y, foncez, il en faut ». Mais il a aussi un avertissement. « Gardez un pied dans votre activité, car il ne faudrait pas que la patientèle en pâtisse ».

FAIRE DE LA RECHERCHE CLINIQUE… EN CLINIQUE. QUOI DE PLUS LOGIQUE ?

Qui a dit qu’en dehors du CHU, il n’y a point de salut pour les chercheurs ? Contrairement à ce que pensent nombre de médecins épris d’études cliniques, qui craignent de ne plus avoir accès à la recherche s’ils quittent le giron public, les établissements privés offrent aussi des possibilités à ceux qui veulent participer à l’innovation scientifique. Un groupe comme Vedici l’a d’ailleurs bien compris : « Il serait dommage de se priver de médecins qui souhaitent s’investir dans la recherche parce qu’il n’y aurait pas de structure pour les aider », explique à What’s Up Doc Laurence Culine, coordinatrice Recherche et Innovation du groupe de santé. C’est pourquoi Vedici s’apprête à lancer Vedinov, une structure qui vise à soutenir les établissements et les praticiens dans la réalisation de leurs projets de recherche. « Si on est atteint du virus de la recherche, il faut être soutenu » explique Laurence Culine.

Car se lancer seul dans la recherche n’est plus possible : cadre réglementaire, autorisations en tous genres… Vedinov entend apporter aux médecins sa connaissance des arcanes de l’administration, mais aussi un appui sur les aspects méthodologiques. En plus du personnel et des plateaux techniques, les dimensions du groupe Vedici permettent d’imaginer des projets à l’échelle de plusieurs établissements. Cela ouvre de plus larges opportunités pour disposer de cohortes plus importantes, indispensables pour des publications de résultats compétitifs. Après tout, aux États-Unis, les plus grandes maisons de publications et de recherches sont dans le privé : Mayo Clinic, Mount Sinai, Cleveland Clinic… Les exemples ne manquent pas et les moyens sont bien là !« Pour bien faire de la recherche, il faut connaître les différentes étapes de A à Z », explique Laurence Culine.

Alors finalement, faire de la recherche au sein du groupe Vedici, c’est travailler en équipe, être entouré, soutenu… Pas sûr que les confrères du CHU puissent toujours en dire autant !

En partenariat avec le groupe VEDICI

Portrait de Adrien Renaud
article du WUD 21

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