What’s up Doc : En plus de 30 ans d’exercice dans ce qu’on appelle pudiquement une « zone sous-dotée », quels sont tes meilleurs souvenirs ?
Béatrice Lo-Jeanpierre : J’ai adoré m’installer. Malgré toutes les contraintes de la médecine de ville, je garde le souvenir d’une grande liberté : choisir où l’on veut aller, choisir son rythme de travail… J’ai eu 3 enfants, et j’ai pu pendant un temps calquer mes horaires sur ceux des sorties d’école…
WUD : Va pour les avantages du libéral… Mais pour la dermato dans les Vosges ? BLJ En dermato, dans ce genre de petite ville, on n’a pas beaucoup de bobologie. Il n’y a pas que des verrues ou de l’acné : pour ma part, je fais pas mal de cancéro. Un jour, un interne m’a dit qu’en travaillant dans mon cabinet, il avait eu l’impression d’être dans une consult’ de CHU.
WUD : L’isolement te pèse-t-il ?
BLJ : L’isolement, c’était il y a 30 ans ! Le fait d’avoir Internet nous a beaucoup désenclavés. On peut désormais envoyer des photos et même des dossiers par e-mail, puis les discuter ensuite en RCP. D’ailleurs, mon cabinet est complètement informatisé. Et je n’exerce pas seule, mais en association avec un gynécologue et un radiologue.
WUD : Et qu’en est-il de tes relations avec les généralistes, qui manquent de plus en plus dans les zones rurales ?
BLJ : Ce n’est pas un désert, ici ! Aux alentours, les médecins sont très organisés. Il y a notamment beaucoup de généralistes dynamiques avec des projets de maisons de santé. Il y a moyen de créer des tas de choses, il suffit d’avoir des idées.
WUD : Quel type de médecin se sentirait bien dans ton cabinet, s’il prenait la succession ?
BLJ : Il ne faut pas que ce soit un clubber qui aime sortir tous les soirs… Je pense plutôt au style « bobo écolo parisien », qui aime bien les gens, qui voudrait bien avoir son petit jardin et qui adore le sport : rando, vélo, ski, il y a tout ici…
WUD : Côté finances, comment ça se passe ?
BLJ : Le boulot ne manque pas, j’ai 6 mois d’attente sur mon planning. Mon successeur n’a donc pas à s’en faire. Pour ce qui est des charges, je paie 3 700 € par mois pour le loyer, une femme de ménage, un secrétariat partagé, etc. Je donne la patientèle gratuitement, et je cède le matériel médical qui a un peu de valeur pour 10 % de son prix neuf.
WUD : Et maintenant, la question piège : tu vas rester à Remiremont une fois retraitée ?
BLJ : Probablement. J’ai aussi une résidence secondaire dans les Alpes, mais j’adore vraiment les Vosges !