Cruelle pénurie de personnels : comment sauver les équipes d’ici à 2027 ? Roland Sicard lance un cri d’alerte

Cinq ans à tenir avant de voir arriver plus de spécialistes suite à la libération du numerus clausus. Comment fait-on avec des équipes sur les genoux ? Selon Roland Sicard, les candidats à la présidentielle doivent se saisir de ce sujet.

« Cela prend aujourd’hui 2 ans pour recruter un spécialiste au lieu de 3 à 6 mois. Et en plus on sait que l’on déshabille le voisin en lui piquant un pilier de son service. » C’est un constat amer et un cri d’alerte aux futurs candidats à la présidentielle que lance Roland Sicard, président de l’institut de cancérologie Sainte-Catherine à Avignon. « Nous venons de recruter un interniste. Il quitte la Bretagne pour nous rejoindre. Et cet établissement risque probablement de devoir fermer son service de médecine interne. Ce n’est vraiment pas ce que nous souhaitons mais nous n’avons pas le choix aujourd’hui. » Une réalité partagée par les directeurs des établissements d’Unicancer : « un manque crucial de médecins et de paramédicaux pour faire tourner nos services. »  Ce n’est pas une question de moyens dans les établissements, pas plus une question d’opposition entre privé et public ou de salaire, mais de volume de ressources humaines formées et disponibles. L’institut de cancérologie Sainte-Catherine à Avignon compte 35 médecins et 250 paramédicaux. «  5 à10 médecins et 30 paramédicaux de plus ne seraient pas de trop. » Encore faut-il les trouver ! « Pour les manips radios, nous avons attendu la sortie des écoles en septembre, mais cela ne suffit pas. » Il n’y a qu’une école dans le Vaucluse. Il faudrait tripler les promotions d’étudiants en formation pour combler le déficit. Pour les radiologues, le besoin concerne tout le bassin de vie d’Avignon – environ 600 000 habitants : « il en faudrait 20 et ils ne sont que 14. »

 

Attendre 5 ans de plus en sous-effectif ?

« On a libéré trop tard le numérus clausus» Les nouveaux spécialistes formés arriveront en 2027, pas avant. Et pas question de raccourcir la formation. Comment faire d’ici là ? « Difficile de soigner toujours aussi bien avec moins de personnels. Le système de soins d’excellence de nos hôpitaux français va s’effondrer. » Le Covid n’arrange rien. Avec les vagues successives et le déclenchement des plans blancs dans les CHU, les patients sont orientés directement dans les centres du réseau Unicancer. « Les oncologues n’en peuvent plus. Avec ou sans covid, ils souhaitent avoir une vie à côté du travail.» Surcroît d’activité, heures supplémentaires depuis des mois. Beaucoup d’interventions devenues très urgentes doivent être suivies de radiothérapie trois semaines après l’opération et ce n’est pas extensible. « Alors la radio ferme à 22 heures tous les soirs au lieu de 20 heures. Les personnels sont au bord de l’épuisement. Et cela va continuer. » 

 

« Nous devons nous positionner sur la délégation de tâches »

Aujourd’hui, un infirmier ne fait jamais une carrière entière au même endroit. Il migre d’un établissement à l’autre, à la recherche de nouveaux défis, plus de responsabilités. « Au centre du débat, il y a la question de la délégation de tâches sur laquelle il faut se positionner. » Les infirmiers de pratiques avancées peuvent se voir attribuer dans des conditions très complexes et très dérogatoires, une délégation de tâches médicales. « Et cela fonctionne bien. Ces expérimentations à petite échelle devraient être généralisées ! » Pourquoi ne pas s’inspirer de ce qui marche ailleurs ? « Aux USA,  un infirmier de niveau 5 a une autorisation de pratique équivalente à celle d’un médecin généraliste. Des discussions doivent se tenir entre l’ordre des médecins l’ordre des infirmiers. » Un sujet qui attise les craintes même si tous sont conscients de la difficulté au quotidien. « Nous souhaitons une prise de conscience de l’urgence. Nous souhaitons voir se décider rapidement des mesures au moins transitoires. Il y a eu un Ségur pour la revalorisation des salaires. Il faudrait un plan Marshall pour les ressources humaines ! »

Portrait de Valérie Handweiler

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