Comment faire face à la pénurie de manip radio ?

En Ile de France, 6% des postes sont vacants mais aucune région n’est épargnée. Les besoins en personnels qualifiés sont urgents pour répondre à la demande.

Profession méconnue, les manipulateurs d’électro-radiologie (MERM), couramment appelés « manip radio », connaissent depuis 2017 une baisse inquiétante de leurs effectifs, alors que le parc d’équipements en imagerie s’étend chaque année. Ils occupent pourtant des missions essentielles : réaliser, sur prescription d’un médecin, des investigations en radiologie et imagerie médicale (radio conventionnelle, scanographie, IRM, radio conventionnelle), mais aussi en médecine nucléaire et électrophysiologie.
Entre 27 et 28 000 MERM sont actuellement en exercice sur le territoire français, soit bien moins que ce qu’indiquait le dernier recensement du répertoire Adeli (37 428 en 2019), un différentiel s’expliquant par le comptage erroné de professionnels partis en retraite, ou ayant changé de région (source rapport IGAS mars 2021). Ils exercent en majorité dans les hôpitaux (57%) et les établissements privés à but lucratif (8%), le tiers restants étant salariés de cliniques privées ou de cabinets de ville. La pénurie s’observe très nettement en Ile de France, avec 6% de postes vacants.

 

Comment expliquer une telle situation ?

Deux causes principales : la baisse du nombre d’étudiants admis en formation depuis que le cursus a été intégré dans Parcours Sup en 2017 et la proportion d’étudiants qui ne terminent pas leurs études. « Parcours Sup a tout changé. Depuis, nous perdons beaucoup d’étudiants en première année », explique Matthieu Caby, président de l’Association française du personnel paramédical d’électroradiologie. Avant, le lycéen intéressé avait une journée d’observation en service d’imagerie puis il passait un concours payant et un entretien d’admission. Il avait ainsi un premier contact avec l’univers de l’imagerie et savait s’il voulait exercer cette profession ou pas. Avec Parcours Sup, les étudiants font des voeux et, parfois, se rendent compte au cours de la 1ère année que cela ne leur convient pas. Par ailleurs, à l’issue de leur licence, certains étudiants poursuivent vers un Master en radiophysique médicale ou une école d’ingénieur, ce qui grève d’autant les effectifs.
En face, la demande en actes d’imagerie ne cesse d’augmenter, pour plusieurs raisons : vieillissement de la population et montée des maladies chroniques, développement de la radiologie interventionnelle et installation de nouveaux équipements d’imagerie prévus dans de nombreuses régions par les ARS. Une inadéquation entre l’offre et la demande qui pose de sérieux problèmes sur le terrain.

 

Un impact fort sur l’organisation des soins
Certains établissements sont contraints de fermer temporairement l’une de leurs machines. C’est le cas du CH de Château-Thierry (Aisne) qui vient de fermer l’un de ses deux IRM par manque de personnel. Cela se traduit aussi par des horaires d’ouverture réduits des équipements d’imagerie, ce qui augmente encore les délais d’attente côté patients. « A Nîmes et Arles, nous n’avons pas eu d’autre choix que de réduire nos horaires, sinon la pénibilité serait trop importante pour les manipulateurs radio qui restent. Ce n’est pas tenable de faire autrement. On sait que les mauvaises conditions de travail entraînent la fuite des personnels vers d’autres structures », indique le Pr Jean-Paul Beregi, chef du service de radiologie au CHU de Nîmes et président du Collège des enseignants en radiologie de France. Résultat : dans certains centres d’IRM spécialisés, les délais d’attente sont de six mois. « Pour pallier la pénurie, des aides radio, des infirmiers et aides-soignants travaillent en remplacement mais cela ne peut être pérenne. Le manipulateur est un soignant qui a des missions bien spécifiques. Les centres d’imagerie qui vont s’en sortir sont ceux qui font du soin, pas de l’acte pour l’acte », ajoute le Pr Beregi.

 

Manip radio : le métier en pratique
Deux diplômes permettent d’accéder au métier à Bac+3, les deux cursus dispensant des formations identiques. Le premier créé et le plus suivi est le diplôme de Technicien supérieur en imagerie médicale et radiologie thérapeutique, relevant du ministère de l’Education nationale, qui compte 28 centres de formation. Le second est le diplôme d’Etat de Manipulateur d’électroradiologie médicale, délivré par le ministère de la Santé après des études au sein des 18 instituts de formation implantés dans les CHU. Les deux formations sont accessibles via Parcours Sup. Dans les deux cas, un Bac scientifique, STL ou ST2S est fortement recommandé, un bon niveau en maths et en physique-chimie étant incontournable. Au total, ces 46 centres de formation ont une capacité qui vient d’être portée à 1700 places environ (+10%, ce qui fait suite à l’une des recommandations de l’IGAS)
Le statut de ces professionnels est salarié dans le privé et catégorie A au sein de la fonction publique hospitalière. Dans le public comme dans le privé, le salaire se situe autour de 1800€ net, mais la rémunération peut être augmentée avec les gardes. En fin de carrière hospitalière, il est de 3300€ net. Le Ségur a permis de rééquilibrer un peu le différentiel entre secteur public et privé au niveau salarial, avec une revalorisation d’un peu plus de 200€ net pour les personnels paramédicaux travaillant à l’hôpital.

 

Portrait de Sophie Cousin

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