CovidTracker, sémaphore dans la nébuleuse d'informations

En mars, Guillaume Rozier, 24 ans, lançait le site CovidTracker pour « mieux comprendre l’épidémie ». Neuf mois après, cet outil, devenu une véritable tour de vigie, fait de l’ombre à Santé Publique France.

« 143. Taux d’incidence élevé et en hausse », « 1,1. Taux de reproduction R modéré et en hausse », « 52,8 %. Tension hospitalière modérée et en baisse ». En un coup d’œil, le site CovidTracker permet d’avoir une idée assez précise de l’orientation de la courbe pandémique en France. Un outil non officiel qui a gagné ses lettres de noblesse au fil des mois. « Le CHU de Grasse [Alpes-Maritimes, Ndlr.] l’utilise régulièrement en cellule de crise pour évaluer la situation dans leur département », s’étonne encore son créateur Guillaume Rozier, un jeune data scientist de 24 ans fraichement sorti de l’école.
 
Politiques, professionnels de santé ou encore grand public… En tout, un million de visiteurs uniques se sont déjà rendus sur cette plateforme. Un parcours d’exception qui n’avait pas été anticipé par le jeune ingénieur.  « Tout a commencé le 5 mars, se souvient Guillaume Rozier. C’était 4 jours avant le confinement en Italie ». À l’époque, la courbe épidémique française se fait discrète dans les médias. Les regards sont plutôt braqués sur l’Italie qui déplore déjà 148 morts. « On se disait que c’était parce qu’ils étaient Italiens, que ça ne nous arriverait jamais… », se souvient le vingtenaire. Pour en avoir le cœur net, le jeune ingénieur, les datas de l’Université John Hopkins en poche, décide de tracer un graphique comparant l’évolution de l’épidémie dans les deux pays.  « C’est à ce moment-là que je me suis rendu compte qu’on suivait exactement la même courbe que l’Italie », se remémore le data scientist. Une véritable claque qu’il décide de partager sur les réseaux sociaux. « Ensuite, ma famille, mes amis me demandaient régulièrement de leur envoyer des graphiques remis à jour », se souvient-il. Une tâche chronophage qu’il simplifie en mettant sur pied ce nouvel outil. « Comme ça, ils pouvaient consulter les données indépendamment de moi », livre-t-il. Et d’ajouter : « Puis, ça a grossi de jour en jour, de semaine en semaine… ».  
 
Un travail d’envergure qui a pris une nouvelle ampleur dès que Santé Publique France a commencé à diffuser ses bulletins épidémiologiques. « Mes données proviennent à 90 % de Santé Publique France », indique l’ingénieur. Une manne précieuse qui a permis à Guillaume Rozier de multiplier les métriques. Les outils DéconfiTracker – qui estime la durée du confinement, CovidDep – qui analyse la situation de chaque département, ou encore CoviRisque - qui analyse le risque infectieux, se sont notamment ajoutés à sa palette déjà bien fournie. Autant de dispositifs qui auraient été perfectionnés grâce aux conseils avisés de médecins et scientifiques, utilisateurs de CovidTracker. « Vu qu’on ne détecte que la moitié des cas, le taux d’incidence est sous-évalué. Des épidémiologistes m’ont donc conseillé de le doubler afin d’obtenir une estimation réelle », donne pour exemple Guillaume Rozier. Une caution scientifique, à laquelle il faut ajouter des échanges réguliers avec SPF, qui aurait même fini par convaincre les membres du gouvernement. « On m’a rapporté que certains d’entre eux utilisaient cet outil régulièrement », s’amuse le jeune homme.
 

Portrait de Julia Neuville

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