Covid-19 : Les étudiants en santé remobilisés, mais pas à n’importe quel prix

65% des étudiants en santé ont été mobilisés lors de la première vague de Covid-19. Alors que la seconde débute, ils demandent des contrats de travail et rémunérations ad-hoc, un encadrement dans les services Covid et une continuité pédagogique.

Six étudiants en médecine sur 10 sans contrat de travail, 4 étudiants sur 10 sans temps pour suivre leurs études, 5 étudiants sur 10 en situation de détresse psychologique. Voilà les enseignements de la première vague Covid-19 pour l’Anemf. Alors que la deuxième vague est déjà là et que les étudiants en médecine s’attendent, d’un jour à l’autre, à être appelés en renfort dans les services hospitaliers dédiés aux patients Covid, ils alertent sur les difficultés qu’ils refusent de revivre lors de la deuxième vague.
Avec eux, tous les étudiants en santé sont dans le même bateau. Les associations représentatives des internes (Insi et Isnar-IMG), étudiants infirmiers (Fnesi), biologistes médicaux (FNSIP BM), sages-femmes (Anesf), pharmaciens (ANEPF), dentistes (UNECD), masseurs-kinésithérapeutes (FNEK) signent un communiqué commun ce lundi 26 octobre, afin de protéger les conditions de travail et de formation de leurs troupes.  
 

Vigilance sur les contrats et les rémunérations

« Les étudiants en médecine mobilisés au printemps dernier ont eu beaucoup de mal à obtenir des contrats de vacation. Pourtant, les textes prévoyaient bien que s’ils faisaient fonction d’aide-soignant ou d’infirmier pour dépanner dans les services, ils devaient signer ces contrats et percevoir une rémunération de professionnel de santé de 1er grade, soit un peu plus du SMIC horaire », indique Morgan Gode-Henric, présidente de l’Anemf.
Il a fallu batailler ferme pour obtenir cette revalorisation pour des étudiants qui sont souvent travaillé 48 heures par semaine dans les services. Et qui, en temps normal, ne perçoivent que 130€ brut par mois (260€/mois depuis le Ségur de la santé), en 4e année. « Nous restons vigilants sur la signature de ces contrats et n’aurions rien contre des réquisitions qui obligent à la signature d’un contrat de travail en bonne et due forme et à une rémunération correspondante", souligne la présidente de l’Anemf.
Du côté des internes en médecine, la question de la rémunération a posé moins de problèmes, exceptées la majoration des gardes, pas correctement appliquée partout. En revanche, les internes ont presque tous perçu la prime Covid, même si les délais ont parfois été longs.
Pour les étudiants infirmiers, la situation est très compliquée. « Au CHU de Nantes, on est tous allés en renfort en service Covid au printemps. C’était le flou artistique et la direction nous a fait croire que cette mobilisation était obligatoire. En fait, on a été payés au lance-pierre, on est très peu à avoir touché la prime Covid et on a perdu le fil de notre formation », raconte Cécile, représentante des étudiants spécialisés de 2ème année. La Fédération des étudiants en soins infirmiers (Fnesi) confirme en effet que les indemnités versées, conformément aux textes en vigueur, se sont élevées à 140€ par mois pour les étudiants de 1ère année et 200€ pour ceux de 3e année, sur la base de 35 heures de travail par semaine. Une situation particulièrement critique pour les étudiants qui financent eux-mêmes leur formation, comme Naïma, 30 ans, sept ans d’ancienneté en tant qu’infirmière, qui veut devenir Iade (infirmier anesthésiste). Un cursus en deux ans, d’un coût de 14 000€. « J’ai travaillé pendant la première vague et je suis prête à le refaire, mais pas dans n’importe quelles conditions. Pas sous la forme d’un stage non rémunéré, comme l’envisage la direction. J’ai emprunté pour me payer cette formation, je veux suivre tous les modules et stages. La direction du CHU a eu le temps de recruter du personnel depuis la 1re vague, ce n’est pas à nous de payer les problèmes de personnel », explique la jeune femme.

Manquements à la formation

« Nos étudiants ont une très forte conscience professionnelle et se sont portés volontaires du jour au lendemain. Mais ils n’ont pas vocation à faire tourner les services. Pendant la 1ère vague, ils ont fait des toilettes, des prises de sang, retourné des patients, sont allés chercher des médicaments… mais cela n’est pas un travail d’apprenti médecin. Et ils travaillaient tellement qu’ils n’avaient plus de temps pour apprendre leurs cours », souligne Morgan Gode-Henric. Heureusement, les étudiants de 2ème et 6ème année ont été dispensés d’aller en renfort, afin de se concentrer sur leurs études, une demande de l’Anemf qui a été entendue.
Autres exemples de difficultés rencontrées : des internes de médecine générale en stage ambulatoire ont été réaffectés dans des hôpitaux périphériques en services Covid-19, réa ou urgences sans aucune formation ni encadrement.
Un stress et une prise de risque démesurés. « Nous demandons à être conviés aux cellules de crise des hôpitaux pour éviter des réaffectations sauvages d’internes, sans concertation avec leurs représentants », indique Morgan Caillault, président de l’Isnar-IMG. De son côté, la présidente de la Fnesi, Bleuenn Laot, confirme le flou persistant, six mois après la première vague : « Nous demandons une continuité pédagogique pour nos étudiants et un encadrement dans les services. On ne veut pas jouer avec la vie des patients ».
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Portrait de Sophie Cousin

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