Contrôle de l’hydroxychloroquine : le Pr Raoult donne tort à Olivier Véran

Olivier Véran a annoncé le 23 mars un encadrement strict de la prescription d'hydroxychloroquine dans le traitement du Covid-19. Pour le professeur Raoult, le ministre fait fausse route. 

L’allocution se voulait solennelle et devait mettre un terme à la polémique sur les prescriptions incontrôlées d’hydroxychloroquine par l’IHU Méditerranée, associé ou non à l’azithromycine, dans le traitement du Covid-19. Ce 23 mars à 19 heures, le ministre des solidarités et de la santé Olivier Véran, s’appuyant sur un avis du Haut conseil de santé publique (HCSP), a recommandé de ne pas utiliser d’hydroxychloroquine, associé ou non à l’azithromycine, hormis dans les formes graves hospitalières.
 

Et le ministre d’ajouter : « Je prendrai dans les heures qui viennent un arrêté encadrant l’utilisation hors AMM de l’hydroxychloroquine. Il ne sera disponible que pour les équipes hospitalières pour des malades hospitalisés avec des formes sévères », excluant du coup les prescriptions préconisées par le professeur Raoult. En effet, dans un communiqué, le professeur Raoult avait annoncé vouloir dépister en masse et prescrire l'hydroxychloroquine associé ou non à l'azythromicine, dans le traitement du Covid-19. Cette décision avait provoqué la consternation chez nombre de médecins, dont le professeur Karine Lacombe, infectiologue : 

Dans une vidéo mise en ligne sur Youtube le 24 mars, le professeur Raoult répond au ministre de la Santé, de manière détournée, sans faire allusion aux décisions prises la veille par le ministre de la Santé. Il en profite pour clasher le comité scientifique sur le Covid-19 attaché au ministre de la Santé, « qui ne remplit pas les fonctions d’un conseil stratégique » et dit rester en contact direct avec le « ministère de la santé et le président ».
Sur les nouvelles recommandations de prescription annoncées la veille, Didier Raoult ne mâche pas ses mots : « Quand les malades rentrent en réanimation en réalité ils n’ont pratiquement plus le virus. C’est alors trop tard pour traiter les gens par des antiviraux, il faut les traiter quand ils ont encore des formes modérés ou qui commencent à s’aggraver. »
Mais il ne conseille pas pour autant de tester et soigner toutes les personnes fiévreuses, loin de là : « Moi je plaide pour que l’on traite les personnes avant, il y a des choses qui peuvent faire suspecter quand on est malades, quand on ne sent plus les odeurs, une anosmie, ou quand on ne sent plus le goût du sel que l’on appelle une anosie, nous et bien, c’est souvent associé à cette nouvelle maladie et ce sont ces gens qu’il faudra tester en priorité. »

Le professeur Raoult en profite également pour commenter les données statistiques délivrées quotidiennement par Santé publique France, en les comparant aux propres données de son IHU. Pour constater que la mortalité… est deux fois moindre cette année que l’an dernier : « Nous surveillons la mortalité réelle dans notre IHU sur trois ans. Alors que nous avons un pic d’habitude sur janvier février ici on ne l’a pas, il y a plutôt moins de morts que d’habitude, et quand on regarde de quoi ils sont morts, on voit qu’il y avait deux personnes avec un coronavirus chinois qui sont morts, deux avec un coronavirus NL63. On a eu autant de morts avec les autres coronavirus qu’avec celui là, il y a eu deux morts de grippe et un mort avec un metapneumovirus.  Si on regarde les quatre derniers mois de cette année par rapport aux quatre derniers mois de l’année dernière, au sujet des infections respiratoires d’origine virale, pour l’instant il y en a moins cette année, deux fois moins, que ce qu’il y avait l’an dernier. » Et d’ajouter : « On verra bien ce qui va se passer mais pour le moment la mortalité par infection vitale respiratoire n’est pas significativement plus élevée. »
Le professeur Raoult annonce également devoir s’occuper chaque jour de 600 malades à tester. Mais ne dit pas s’il compte en rester là, et se conformer aux nouvelles modalités de prescription dictées par le ministre de la Santé. L’arrêté d’Olivier Véran sur les modalités de prescription d’hydroxychloroquine n’a pas pour l’heure été publié.

Portrait de Jean-Bernard Gervais

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