Comment sort-on du conseil scientifique pour la COVID-19 ? Interview exclusive de Denis Malvy

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Denis Malvy, membre du Conseil scientifique et infectiologue de l’unité des maladies tropicales et du voyageur au CHU de Bordeaux, nous confie son retour d’expérience sur cette période, après la dissolution du Conseil scientifique le 31 juillet 2022.

Comment sort-on du conseil scientifique pour la COVID-19 ? Interview exclusive de Denis Malvy

What’s up doc : Avec le recul, comment caractériseriez-vous la crise de la Covid ?

D M : Nous avons grosso modo connu une phase par an, des vagues plus ou moins dépendantes des vagues épidémiques.

Durant la première phase en 2019, nous ne connaissions pas la maladie. Nous partagions ce que nous observions avec les collègues européens et internationaux.

Durant l’année 2020, nous n’avions pas de médicaments. Cela a été le moment de mesures très fortes qualifiées de liberticides, c’était dramatique et inédit. Cette année-là, le monde de la santé s’effondrait.

L’année 2021, nous avons eu un couvre-feu, et nous avons pu nous approprier les mesures d’une manière respirable et respirante. Il y a eu l’apparition des variants. Nous avons eu la chance d’avoir un vaccin qui a complété l’arsenal pour lutter contre la pandémie.

L’année 2022 est la phase pandémique de ce que je pourrais appeler l’ère Omicron. Moyennant deux ans d’expériences, cette phase nous a permis de rentrer dans le « vivre avec ». Cela va nous amener, nous l’espèrons, un nouveau vaccin plus riche, diversifié qui intégrera les propositions anti-géniques des variants de l’épidémie. 

Quels ont été les plus gros succès au sein du Conseil scientifique ?

D M : Le Conseil scientifique est une structure assez inédite. Ce qui a été intéressant c’est la pluridisciplinarité pour tenter de donner un avis honnête et agile auprès des décideurs. Nous n’étions pas là pour décider, mais pour actualiser des données essentielles. Pour cela, il a fallu apprendre à vivre ensemble scientifiquement. Sciences sociales, gériatres, vétérinaires, pédiatres, épidémiologistes, il n’y en avait pas un plus important que l’autre. Maintenir l’harmonie avec des personnalités fortes et des opinions très tranchées - car ce n’était pas le royaume des bisounours a été un succès incroyable du côté français.

Et les regrets ?

On peut toujours regretter des tas de choses. Il faut toujours se remettre en question, et nous ne manquerons pas de le faire. Certains nous ont traité « de Directoire de notre pays », il n’y avait pas un Directoire scientifique. Nous proposions toujours cinq options avec, à chaque fois, les avantages et les inconvénients du point de vue sociétal, économique et sanitaire.  La question des plus vulnérables a été difficile sur le plan sociétal.

Comment se réunissait le Conseil ? Quelle quantité de travail cela représentait hebdomadairement ?

D M : Nous avons fait au total 300 réunions. Durant la première phase, nous nous réunissions tous les jours, par téléphone au début, puis par zoom, entre 12h30 et 14h30 week-end compris, parfois un peu plus le week-end. Nous rédigions des rapports de 20 à 80 pages. Pour la rédaction, nous travaillions en petits groupes. Nous échangions avec les autres conseillers parfois jusqu’à la version 20, pour arriver à la forme la plus consensuelle et aboutie. À côté de cela, il y avait des auditions d’experts de disciplines non représentées parmi nous, en France ou en Europe.

À partir de la deuxième phase nous avons gardé le même fonctionnement, mais de façon plus respirable avec 3 réunions en moyenne jusqu’à la fin. Et nous avons eu la chance de disposer de moments rarissimes en présentiel : un en 2020, et deux en 2021. Toujours très intenses et inoubliables.

Il y a un grand enjeu au niveau des infections transmises aux humains, aux animaux et aux végétaux et qui doit être partagé avec les journalistes, architectes et vétérinaires… Et j’aimerais me mettre au service de cette cause.

Quelle est votre sensation quant à l’idée de tourner cette page ?

D M : Je m’y étais tellement bien préparé que j’ai vécu cela avec une certaine candeur. Il faut rester impassible, “ droit dans ses bottes”, sinon nous ne sommes pas crédibles. La septième vague est amendée, et nous nous préparons à la hautement probable huitième vague en novembre. Cette dissolution, nous avons su la partager avec une certaine dignité, et tristesse aussi.

Demain si une nouvelle pandémie arrivait seriez-vous volontaire pour faire partie d’un nouveau Conseil scientifique ?

D M : Si une nouvelle crise devait apparaître, je me poserais la question de savoir si mes compétences me feraient dire oui, ou me laisseraient sur la réserve. Mais si on me sollicitait dans un contexte particulier, j’aurais du mal à ne pas avoir envie de servir.

Cette crise a-t-elle changé votre regard sur votre métier ?

D M : Cette crise nous a tous changés. Mais elle a consolidé énormément de relations. Je ne dirai pas qu’on n’était pas en train de défendre chacun son pré carré, mais les travaux qui ont été conduits sur site en attestent, nous avons travaillé de manière respirante.

Comment s’annonce le futur pour vous ?

Mes projets sont de continuer de travailler sur mon site hospitalo-universitaire, porter des projets, et des recherches cliniques sur des maladies émergentes comme celle de la Covid . Au CHU de Bordeaux, il y a des grands enjeux sur la santé globale à propos du risque infectieux dans l’acception dite d’une seule santé humaine, animale, éco-systèmique et environnementale. C’est la nature qui doit conquérir nos sociétés, sinon nous allons vivre des périodes pires. Il y a un grand enjeu au niveau des infections transmises aux humains, aux animaux et aux végétaux et qui doit être partagé avec les journalistes, architectes et vétérinaires… Et j’aimerais me mettre au service de cette cause.

 

 

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