Classements des hôpitaux, quand l'administration s'y met

En publiant son palmarès annuel des choix des jeunes médecins, What's up doc s'inscrit dans la longue tradition des classements des hôpitaux élaborés par la presse. Mais depuis quelques années, les magazines ne sont plus les seuls à faire du Benchmark sanitaire. Les autorités s'y mettent aussi... avec plus ou moins de bonheur.

C’était il y a bientôt 20 ans, et Jérôme Vincent n’en revient toujours pas. En 1997, ce journaliste travaillait pour Sciences et Avenir. Avec son compère François Malye, il avait publié un classement national des hôpitaux. Une première en France, car à l’époque, les données sur la performance des établissements étaient un secret bien gardé. « Aujourd’hui, on n’imagine pas l'énorme polémique que cela a suscité », se souvient ce médecin de formation : « Des centaines de demandes de droit de réponse, la manchette et l’édito du Monde, les ventes de Sciences et Avenir multipliées par huit ! »

Le journaliste, rapidement passé au Point où il a continué à publier un classement annuel, en a inspiré plus d'un : « Depuis une dizaine d'années, tous les autres magazines nous ont copiés ». À sa manière, What’s Up Doc s’inscrit dans cette tendance avec son palmarès des choix des internes. Mais la presse n’est plus la seule à vouloir classer les hôpitaux.

HOSPI DIAG :  POUR LES DÉCIDEURS AVANT TOUT

Du côté de l’administration, on développe aussi ses propres outils de benchmark. L’Agence nationale d’aide à la performance des établissements de santé (Anap), par exemple, a depuis 2010 sa propre base de données nommée « Hospi Diag ». Elle est avant tout destinée aux décideurs hospitaliers, mais elle est gratuitement accessible à tous sur le Net.

Les données utilisées par l’Anap proviennent de 12 bases différentes et concernent les 1 350 établissements de médecine, chirurgie et obstétrique (MCO) du pays, qu’ils soient publics ou privés. Beaucoup d’indicateurs concernent le volume d’activité, mais il y a aussi des indicateurs financiers, de ressources humaines, et de qualité.

Hospi Diag peut cependant s'avérer décevant pour un praticien qui chercherait à savoir si les soins sont meilleurs dans son établissement ou dans celui d’à côté. Les indicateurs de qualité sont par exemple peu développés : l’outil ne fournit qu’une poignée de scores agrégés tels que la « conformité du dossier patient » ou la « traçabilité de l’évaluation de la douleur ». Pour Gilles Bontemps, directeur associé à l’Anap, « l’approche d’Hospi Diag est macrodiagnostique, il s’agit d’un outil expert », ce qui justifierait, selon lui, le caractère très général des informations diffusées.

Mais les promoteurs d’Hospi Diag assurent que cette base de données peut tout de même être utile aux médecins. « Hospi Diag peut les aider à comparer leurs pratiques professionnelles, alimenter un projet médical, permettre de se positionner par rapport à un territoire ou une région », indique Paul Tsamo, le responsable de l’Anap qui a la charge de ce projet.

SCOPE SANTÉ : ON RESTE SUR SA FAIM

Alors, pour un outil plus accessible, faut-il aller chercher du côté de la Haute Autorité de santé (HAS) ? Scope Santé, le site développé par le gendarme sanitaire, promet à l’utilisateur qu’il pourra « choisir l’établissement
qui correspond le mieux à [ses] besoins » et « comparer les établissements sur les critères selon [ses] priorités ».

Mais comme Hospi Diag, Scope Santé se borne à donner des informations assez générales : volume d’activité, infections nosocomiales, prise en charge de la douleur, tenue du dossier... Le médecin souhaitant comparer le taux de complications chirurgicales de son établissement à celui des autres, par exemple, restera sur sa faim.

« Pour ce type de données, il y a des limitesd’interprétation liées au codage, aux caractéristiques du patient », indique Sabine
Cohen-Hygounenc, chef du service de l’information des usagers à la HAS. De plus, « la diffusion publique de ce genre d’information
a des effets pervers, comme la sous-déclaration d’événements indésirables ».

Le jugement de Jérôme Vincent sur Hospi Diag et Scope Santé est sévère. « Les autorités sanitaires ont réagi aux classements de la presse très lentement et très tardivement », remarque-t-il. Pour lui, l’utilité de ces outils pour comparer les performances est limitée :
« Ce n'est pas maniable par ton père ou ton voisin », tranche le journaliste.

Du point de vue de l’utilisateur lambda, les classements de la presse gardent donc une longueur d’avance sur ceux de l’administration. Mais pour combien de temps ?

Portrait de La rédaction
article du WUD 24

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.